Bisous et chocolat à la pâte d’amande

kiss

Quelque fois, je me dis que l’alcool existe uniquement pour justifier les écarts de conduite. Lui et les autres substances récréatives ne jouent en fin de compte que le rôle de matelas pour assurer une chute pas trop douloureuse dans l’estime que l’on peut avoir de soi-même. Et même socialement, on te pardonne plus facilement une sortie honteuse ou une conduite un brin borderline lorsque tu peux la mettre sur le dos d’une alcoolémie élevée.

Le problème est plus gênant lorsque, mue par une volonté de fer, tu te portes volontaire pour assurer le retour des uns et des autres dans ta petite voiture. Cette volonté de fer te conduit à n’ingérer que du soda, du jus de pomme et une gorgée de bière pour la fête. Cette volonté de fer te fait subir les discours éthyliques, et pas toujours compréhensibles, des personnes présentes. Cette volonté de fer te force à assister, impuissante, à toute une suite d’évènements embarrassants pour les uns et les autres. Une sacrée volonté de fer, n’est-ce pas. La question que je suis donc en droit de me poser c’est « où était cette foutue volonté de fer lorsque je me suis retrouvée avec les lèvres d’un type pressées contre les miennes tandis que le Fauve discutait dans la pièce d’à côté » ?

J’en vois certains bondir. Hurler. Pleurer. S’arracher les cheveux en se roulant par terre. A ceux-là, je veux adresser un message rassurant : « Personne n’est mort. Relevez-vous, séchez-vos larmes, cessez bondissements et hurlements, tentez de recoller ce qu’il vous reste de cheveux et calmez-vous. »

Je crois que tout est parti d’une bravade. Un discours du style, l’amitié homme-femme, ça existe, ça peut se passer de toute forme de désir. J’ai dû sortir un truc du style « Exactement, je suis trop d’accord, si on s’embrassait, ça nous ferait que dalle » (j’ai jamais dit que j’étais plus intelligente sobre que ivre), ce à quoi, il a répondu (évidemment) avec un redoutable sourire en coin « chiche ». Et puis une chose en entraînant une autre, nous avons décidé de tester scientifiquement cette théorie. Restons rationnels. Qu’est-ce que ça fait, un baiser ? Physiquement, et psychologiquement. Voire intellectuellement.

Il s’agit de contextualiser. Il y a une nette différence entre une drague éhontée, pleine de sous-entendus, jeux de dupes et autres flirts qui mènent à un baiser passionné et un échange blagueur dans une fête qui bat son plein qui mène à un simple baiser spontané. Il y a une hiérarchie du baiser qui va du plus inconséquent au plus important. Après, je crois que cette hiérarchie varie selon les âges et les expériences de chacun. Il fut un temps où embrasser, c’était comme tromper. Pour moi, le baiser ne constitue plus une infidélité depuis longtemps, précisément parce que je suis capable de mettre une échelle de valeur à ces choses-là. Mais ça n’engage de moi. Et surtout, c’est une échelle assez récente.

Pour ma part, je crois que la portée d’un baiser dépend également beaucoup du partenaire. Qui est-il pour moi ? Qui pourrait-il devenir pour moi ? Qu’est-ce qui est susceptible de changer suite à ce baiser ? Ces trois questions ont défini ma réponse émotionnelle. Outre le côté agréable, mais je crois qu’il s’agit d’avantage d’une réponse sensorielle qu’émotionnelle. C’est donc un autre débat. On y viendra. Dans cette situation-là, étions-nous en plein milieu d’un basculement important de notre vie ? La réponse est non. Allait-il devenir mon pêché coupable dans les bras duquel j’irais me réfugier au moindre prétexte ? Encore non. Qui est-il pour moi ? Un copain. Tout simplement. De mon point de vue, ce baiser n’a fait que sceller une amitié naissante. Ça me rappelle cette chanson interprétée par une petite artiste indépendante que vous connaissez peut-être, I kissed a girl de Katy Perry. Bon okay, dans cette chanson, elle parle de ces nanas qui se roulent des paloches entre elles, comme ça, pour le fun. Ça ne veut pas dire grand-chose, c’est, somme toute, assez innocent. Une saine curiosité.  Et bien, dans mon cas, la seule différence c’est que la fille est un mec. Pas de quoi fouetter un pauvre petit chat.

Finalement, dans la rationalisation pure et dure de cet acte, je ne m’en sors pas si mal. Je n’ai même pas le moindre petit sentiment de culpabilité car c’était plus un acte de défiance amicale qu’une infidélité pleine de vicissitudes. Je crois que le plus compliqué à gérer, c’est la réponse sensorielle. Celle-ci est plus ardue car incontrôlable, à moins d’être un foutu ninja. A tout moment, ton corps te plante un poignard dans la tête pour lui faire oublier ses saintes résolutions. Et pour le coup, j’avoue mon ignorance totale quant aux déclencheurs de ce fameux bouillonnement charnel. Dans mon cas, je suis à peu près certaine que ça peut découler des réponses aux trois précédentes questions, mais je ne peux pas en être absolument certaine. Qui sait, j’aurais pu avoir sensiblement les mêmes réponses et me jeter sur lui, sous le coup d’une montée de désir dévastatrice. Peu probable, certes, mais pas complètement impossible, dans la mesure où un baiser, et celui-là particulièrement, est plutôt agréable. Un baiser constitue quelquefois les prémices de moult rebondissements. Seulement, dans cette situation-là, j’ai juste eu l’impression de manger un délicieux carré de chocolat fourré à la pâte d’amande. Très bon sur le moment quoi. Et on passe rapidement à autre chose. Ne subsiste que le souvenir ténu d’un moment gourmand et passager.

En ce qui me concerne, les choses sont très claires et je crois dur comme fer en l’amitié homme-femme. Cela dit je ne crois pas que cette amitié puisse forcément être exempte de tout désir. J’aime me dire que du moment qu’on est suffisamment  sûr de soi, qu’on arrive à analyser avec recul ce que l’on ressent réellement, l’amitié peut être préservée. La subtilité réside dans la manière dont on gère ce désir et surtout dont on le vit. Emprisonnant, décomplexant, le désir peut revêtir une infinité de formes, avoir tout un éventail de conséquences plus ou moins fâcheuses. La clé se situe dans la connaissance de soi et de nos propres limites. Toujours ces fameuses limites. Quant au Fauve, pas la peine de s’inquiéter, il le sait, il est non seulement la tablette entière de chocolat fourré à la pâte d’amande, mais il est aussi le cheesecake aux fruits rouges et à la croûte de spéculoos, il n’a pas la moindre concurrence.

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Boulet retardé

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