A tout moment.

bombe32

Elle a eu plusieurs noms. Elle s’est appelée Sonatine, mais franchement, ça ne lui allait pas du tout. Un instant, j’ai pensé à Paprika, mais là non plus, ça ne collait pas. Et puis il y’a eu ce nom, qui s’est imposé de lui-même. Nikita. Voilà. Nikita.

A tout moment tu t’attends à la voir surgir en haut des escaliers, te regarder avec son petit minois de chat de gouttière, son trait d’eye-liner, son air de chat du désert, et miauler rageusement pour que tu la serve, telle une princesse. A tout moment…

Il n’y a pas eu que Nikita. Il y a eu Sale bête. Bestiole. Godzilla. Warrior. Minoos, tu es z’horrible, horrible. Et tous ces noms lui allaient parfaitement. Ce n’était pas une peluche. Ce n’étais pas un jouet. Elle avait son -sale- caractère. Elle était un peu psychopathe, un peu sauvage, un peu dédaigneuse. Ridicule dans ses attitudes altière et particulièrement agaçante avec ses exigences de chat gâté.

Dans la cuisine, il y a sa caisse, son écuelle où traînent les croquettes qu’elle ne mangeait plus. Dans le salon, il y a le coussin qu’elle ne quittait plus, d’où elle levait à peine la tête avant de la replacer entre ses pattes. Crève-cœur. Dans la maison, il n’y a plus qu’un vide.

Elle a eu ses moments de gloire. La découverte cauchemardesque d’un cadavre d’oiseau dans la cave, dont elle avait semé les plumes jusqu’au premier étage. Ça avait dû être une sacrée bataille. Nikita était une chasseuse hors-pair. Elle vous posait les souris à vos pieds, dans la cuisine, l’air de dire « j’ai ramené le dîner, à toi de jouer maintenant, Esclave ». Elle poursuivait les lézards sur la terrasse dans le Sud. Elle m’avait griffé l’œil quand j’étais au lycée, et j’avais dû aller en classe avec un gros bandeau blanc. Tel un pirate à la retraite. Elle n’avait pas 2 ans qu’elle empêchait de manger les autres gros matous de la pension où nous l’avions mise pendant les vacances. La dame qui s’en occupait nous avait appelés, catastrophée, pour qu’on vienne la récupérer. Nous étions à la fois gênés et vaguement fiers. Nikita ne s’en laissait pas compter.

Dans les toilettes du haut, on a fini par jeter le coussin rempli de poils sur lequel elle avait l’habitude de dormir. Peinarde. Loin de nous. Elle avait ses cachettes, ses lubies. Sa chaise qui la rendait méchante. L’escalier aussi la rendait méchante. Et puis dans les premières années, elle nous faisait bien sentir que nous étions en trop dans la maison. La nuit, elle se glissait dans nos chambres pour poser ses pattes sur nos yeux. Chat psychopathe. Et puis elle a fini par nous adopter, l’air de rien. Elle aimait être avec nous, mais en nous tournant ostensiblement le dos. Elle était comme ça.

A tout moment, je m’attends à entendre le cliquetis de ses griffes lorsqu’elle marche sur le parquet. Je voudrais qu’elle m’empêche de descendre tranquillement l’escalier, qu’elle se mette dans mes jambes, comme pour me faire trébucher. J’attends qu’elle saute sur le lavabo de la salle de bain en réclamant de l’eau. J’attends qu’elle miaule devant la porte d’entrée pour que je la laisse courir dans le jardin. J’attends qu’elle me précède dans la cuisine pour réclamer sa pâtée, à corps et à cris. Et j’ai envie de dire « mais tais-toi, enfin ! T’es insupportable ! » J’attends qu’elle me saute sur les genoux, le soir, lorsque je regarde la télé. J’attends de la voir, avec cet air vaguement stupide et coléreux (mais une colère tellement absurde, qu’elle en devient comique, voir même mignonne…le grand drame de la vie de Nikita, c’est qu’on ne l’ait jamais prise au sérieux). J’attends de la voir avec sa moustache tordue, son oreille mordue, ses grands yeux verts, son moignon de queue et sa démarche de petit tigre. Elle était belle malgré tout.

Je m’en remettrai bien sûr. Ça va déjà mieux. Elle s’est endormie sous nos caresses. Elle est partie. Si petite, si faible, mais tellement entourée d’amour. Et sans souffrance. Ça va déjà mieux. N’empêche… A tout moment tu t’attends à la voir surgir en haut des escaliers, te regarder avec son petit minois de chat de gouttière, son trait d’eye-liner, son air de chat du désert, et miauler rageusement pour que tu la serve, telle une princesse. A tout moment…

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Boulet retardé

One response to “A tout moment.”

  1. Le Monde des Loups says :

    Je partage cette douleur. Je la connais.

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