Touche moi, un peu, beaucoup, et cætera ?

bombe31

Dans ma vie, je n’ai dit « Je t’aime », en le pensant sincèrement, qu’à 3 hommes. Mon papa, le Revenant avant qu’il ne soit un revenant, et l’Autre. J’ai jugé utile de préciser le critère de sincérité pour éviter d’avoir à comptabiliser le petit Bruno (ou était-ce David?) de la maternelle et le Batteur, avec qui j’ai vaguement flirté au lycée, une sale histoire dont je ne suis pas bien fière et dont je ne parlerais pas pour l’instant.

Je me souviens qu’avant de déclarer mon amour au Revenant, j’ai tourné le problème dans tous les sens. Lui ne me disait rien et ça me rendait folle. Toute dans mon délire d’adolescente, j’étais prête à faire fi de toutes les règles que l’on peut lire ici ou là. Rester mystérieuse, attendre sagement, très peu pour moi. Le Revenant était mon premier amour et je vivais cette histoire comme on vit un conte de fée. Je ne sais pas où j’allais, mais j’y allais sans réfléchir, avec spontanéité et impatience. Je ne voulais pas seulement d’un premier amour, je voulais un Grand Amour. Voilà ce qui arrive quand on attend trop longtemps avant de sortir avec des garçons. On n’a pas eu de désillusions suffisamment tôt pour s’aguerrir un peu. C’est pour ça qu’un soir, dans la pénombre essoufflée d’une soirée passée dans ses bras j’ai lâché, timidement, mon tout premier « je t’aime, tu sais ? ». Et à l’instant où ces mots ont franchis mes lèvres, tout fût bouleversé. L’ordre des choses n’étais plus le même. Je venais de le réaliser, mais c’était trop tard. J’ai maudit ma foutue spontanéité, car elle ne vaut que si elle va de pair avec l’insouciance. Et je n’ai jamais été insouciante. En prononçant ces mots, je venais de me priver de la secrète jouissance de voir l’autre rendre les armes et le dire en premier. En le disant la première, j’aurais toujours, quelque part dans le coin le plus tordu de ma tête l’insécurité crasse de celle qui croit qu’on lui a répondu « moi aussi » par simple politesse. De fait, lorsqu’il m’a souri et répondu qu’il m’aimait aussi, un part de moi ne l’a pas cru. Parce qu’enfin, si c’était vrai, pourquoi avoir attendu que ça soit moi qui le dise ?  Le jour où nous nous sommes séparés, cette pensée a pris le dessus, parce que, s’il me quittait, c’est qu’il ne m’aimait pas, et d’ailleurs, puisqu’on en parle, ne m’avait-il jamais aimée ? Vous saisissez le mécanisme tout pourri ?

Toujours est-il que lorsque l’Autre a fait irruption dans ma vie, j’étais nettement plus réfléchie. Si j’étais certaine de mes sentiments, et je l’étais, j’attendrais que lui le soit aussi. Je ne chercherais pas à provoquer sa déclaration comme je l’avais fait avec le Revenant. Je n’ai pas eu à attendre trop longtemps, ces mots, il les a lâché sur un quai de gare, juste avant que je ne parte skier avec des amis. J’avais ma déclaration parfaite et non forcée. D’une certaine manière je me sentais un peu plus adulte. Parce que j’avais réussi à garder mes sentiments pour moi, et que je savais qu’en faisant cela, je les avais protégés. Ils étaient dorénavant libres d’exister sans présomption de politesse ou je ne sais quelle autre idée saugrenue, comme seule ma tête peut en produire. Ravie, j’ai répondu que je l’aimais aussi, je l’ai embrassé comme je le n’avais jamais embrassé et je suis montée dans mon train, un sourire béat jusqu’aux oreilles. Par la suite, preuve qu’une belle déclaration ne fait pas toujours une belle histoire, nous nous sommes l’un et l’autre, attachés à torpiller ce qui avait démarré comme un joli couple.

L’année dernière, suite à ma rupture, j’ai éprouvé le besoin puissant et implacable de mettre de côté toutes ces histoires d’amour, de cœur, de sentiments et autres niaiseries qui ne servent qu’à faire du mal. C’est à peu près à cette époque que j’ai entamé l’écriture de ce qui est devenu ce blog, mais qui n’étais au départ qu’un genre de journal intime un peu romancé.  Tout était très clair. Il s’agissait de jouir de la vie. De me redécouvrir, car je m’étais perdue de vue. Je devais ramasser ce qui était tombé et reconstituer le puzzle. Ce genre de chose, ça ne se fait pas à deux. Ça se fait seul, face à soi-même.

Et puis un soir, au plus fort de mon hibernation, j’ai pris un métro. J’ai croisé un Fauve une première fois dans une foule d’anonyme. Et une deuxième fois, un peu plus tard, à deux pas de chez moi. A l’époque, on ne s’en doutait pas, mais c’était deux solitudes qui venaient de se rencontrer, et de se reconnaitre, par un drôle de hasard.

En Janvier, le Fauve était dans mon bain moussant, il y avait des bougies, Isobel Campbell et Mark Lanegan venaient d’achever un duo suave et torride qui s’accordait bien avec l’ambiance, et là, entre deux gorgées de champagne et une bouffée de fumée, je lui ai dit avec un aplomb qui ne me ressemblait pas, que, décidément, je n’étais pas amoureuse, que c’était drôlement bien, et particulièrement sécurisant. Par la suite, j’ai continué sur ma lancée, fière de mon absence de sentimentalisme niaiseux. C’était ça, être adulte. Vivre une histoire simple et sans prise de tête, sans pensées parasites qui viennent tout gâcher. J’avais le Fauve pour garder mes nuits et me confier le jour. Et je n’avais besoin de rien d’autre.

Semaines après semaines, on s’est mis à sortir, faire la fête, osciller entre les soirées de flemme et les nuits de débauche à trop boire, trop fumer, rentrer trop tard et dormir trop peu. On est partis en vacances ensemble. J’ai rencontré ses amis, et lui les miens. Un de ses potes m’a remerciée : « tu le rends tellement heureux ! » J’étais gênée. Emue aussi. Je venais de comprendre que malgré mes barrières, malgré ma conception très personnelle de ce devait être une relation, malgré moi, enfin, nous avions changés. Je n’arrive pas très bien à comprendre quand est-ce que le changement s’est opéré. Quand est-ce que nous avons cessé de n’être que des amants pour devenir un couple. A notre insu et sans réflexions particulière, comme si ça allait de soi. Et d’une certaine manière je crois bien que c’est le cas. Car avec lui, tout semble léger.

Et l’autre jour, je vais chez lui. La table est mise, il m’a préparé un dîner aux chandelles et passe la soirée à m’écouter parler presque sans discontinuer car je suis fébrile et surexcitée. Je ne tiens pas en place. Mes seuls moments de silence sont ceux de la mastication. Je comble chaque blanc car la nervosité me rend bavarde. Et si je suis nerveuse, c’est que j’ai pris une grande décision, là, à l’instant. Est-ce que c’est ça être adulte ? Revenir sur ses certitudes et faire fi de toutes les règles que l’on nous a inculquées ? Dans un élan de courage irréfléchi, je lâche : « Oublie ce que je t’ai dit dans le bain…je crois bien que je suis en train de tomber amoureuse… » Respire. Voilà c’est dit.

 

 

 

« Merci. Ca me touche beaucoup »

 

 

 

 

 

(Merci? MERCI?!!)

 

 

Ooookaaaaay.

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About sianama

Boulet retardé

2 responses to “Touche moi, un peu, beaucoup, et cætera ?”

  1. Marion - Le Monde des Loups says :

    Ohlala la suite ! Le « Merci. Ça me touche beaucoup » n’était pas ce à quoi je m’attendais !! Ensuite, que s’est-il passé?!

  2. Luc says :

    Désolé, pas pu m’en empêcher.

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