Pourquoi je ne serais jamais libre

bombe30

Je me souviens qu’au lycée, lorsque je parlais des garçons avec mes copines, on avait toutes un point de vue très arrêté sur ce que l’on était prêtes à faire, ou ne pas faire, par amour. A l’époque, mes émois adolescents se résumaient à une page de journal intime remplie de supplications au Destin pour qu’il m’envoie enfin l’Homme, le seul, l’unique, celui qui m’aimerait autant que je l’aimerais. En attendant, je fantasmais sur un garçon qui ne soupçonnait même pas mon existence et je rêvais du bonheur à deux, faute de pouvoir le vivre. Mais, je reviens à mon propos de départ, à savoir, les limites.

Mes amies et moi étions très fermes sur un point. Et aller, je ne vais prendre ni pincettes ni détours avec vous, on se connaît suffisamment, vous et moi. On avait, quoi…17 ans ? Et on était d’accord sur ça : la fellation c’est dégueulasse et j’avale pas. Inutile de préciser qu’avec la pratique, j’ai largement revu mon point de vue sur la question. Preuve, s’il en est besoin, que les préjugés ne servent à rien d’autre qu’à empêcher le monde de parfaire ses connaissances. Par la suite et concernant les différentes pratiques courantes dans l’intimité chaude et sensuelle d’une relation charnelle épanouie, j’ai pu expérimenter et satisfaire ma soif de curiosité, dans la limite de ce qui me paraissait personnellement acceptable. Tout ça pour arriver à la conclusion suivante : en amour, comme en sexe, il s’agit souvent de garder l’esprit ouvert, sans toutefois se perdre de vue. Car la frontière entre ce que l’on se sait capable de faire, ce que l’on ne se sent pas prêt à accepter, ce dont on a envie et ce que l’on fait réellement, peut être ténue, voire poreuse.

Would you consider having an open relationship (one where you can see other people) ? En tombant sur cette interrogation au détour d’un questionnaire sur un site de rencontre, je n’ai pas hésité une seule seconde. J’ai résolument empoigné ma fidèle petite souris sans fil et fait avancer mon curseur vers la seule réponse qui me paraissait évidente, avant de suspendre mon geste. Avais-je le droit d’émettre un jugement péremptoire sur cette question ? Que savais-je des relations libres ? Absolument rien.

Après enquête, si j’ai bien tout saisi, ce sont deux personnes très amoureuses l’une de l’autre, complètement sur la même longueur d’onde, qui ne voient aucun inconvénient à coucher de temps en temps avec des personnes extérieures à leur couple. Pourquoi ? Et bien…Pourquoi pas ? Je crois que le concept est ancré dans le libertinage au sens noble du terme. L’idée est d’exalter sa propre séduction et son désir, de vivre sans entraves sa sexualité tout en conservant une stabilité et une sécurité affective auprès de celui que l’on aime. Le corps de l’autre lui appartient et il en fait ce qu’il veut si telle est son envie, du moment que l’étreinte n’est que physique et occasionnelle. Sur le papier, ça donne un couple où chacun est libre de s’épanouir comme il le souhaite, un couple sans frustrations liées à toutes ces opportunités manquées qui font tant regretter leur célibat aux couples exclusifs. Sincèrement, si ça fonctionne pour certains, tant mieux pour eux et c’est très bien comme ça. Ce que les autres font de leurs fesses ne regarde qu’eux. Je ne suis pas en train de vous écrire que la seule relation qui vaille la peine d’être vécue est celle qui vous lie pour l’éternité à celui, ou celle, que votre cœur aura choisi. Ce que j’essaye, maladroitement, d’expliquer n’est que mon ressenti très personnel sur la question.

J’ai longtemps été une handicapée émotionnelle en phase terminale. Je croyais dur comme fer que se mettre en couple, s’était prendre un risque. Je risquais d’être blessée de nouveau, d’être submergée par des sentiments qui me dépasseraient, de perdre pied. Oui, se mettre en couple et se laisser la possibilité d’aimer, c’était baisser la garde et se livrer sans retenue. Dans ma caboche, celui que j’estimerai digne de partager ma vie, c’était surtout celui en qui j’aurais toute confiance. C’est celui que j’aurais choisi et qui m’aurait choisie. Et si on s’aime, est-ce que l’on n’est pas censé se suffire l’un à l’autre ? Peut-être suis-je possessive, mais je n’aimerais pas que sitôt mon amour déclaré, il me dise : « Je sors ce soir, ne m’attends pas » Je trouve cruel d’imaginer ses caresses à Lui pour Moi, sur une peau anonyme. Je trouve difficilement envisageable l’idée selon laquelle si cela le rend heureux, c’est censé me rendre heureuse. Je n’ai pas envie de céder à la tentation d’un autre corps, parce que je pense que le corps de mon Amour sera beaucoup plus désirable que celui de tous les autres. Et j’ai envie qu’il le soit même lorsque le temps l’aura un peu abîmé. Et surtout, je suis de ces personnes qui croient dur comme fer qu’une infidélité est le symptôme d’une relation qui va mal, et non la cause. Quand un homme me parle de ce genre de chose, je n’arrive pas à entendre autre chose que « je te tromperais, et quand je le ferais, il faudra que tu sois là, et que tu me pardonnes. Mais ce n’est pas grave, puisque toi aussi, tu m’auras trompé. » C’est probablement réducteur, mais du coup, si la notion de possession de l’autre est supprimée, alors pour moi, c’est comme si le couple n’était qu’un écran de fumée qui se dispersera de toutes façons. Comme s’il naissait sans bases solides. Si on se fait tellement de bien, si nos conversations sont si belles, si nos moments sont si exceptionnels, de quoi pourrais-tu manquer ? Alors, ne viens pas à moi si tu te ménages déjà une porte de sortie.

Est-il si compliqué d’être fidèle ? Récemment, j’ai fait fi de mes dernières réticences. J’ai accepté d’employer le Nous. Et si je l’ai fait, c’est parce que je me suis rendue compte que tout ce dont j’avais besoin en cet instant précis, cette personne formidable me l’apportait. Et sur un plateau, s’il vous plaît. Au moment de prendre ma décision, j’ai compris qu’il me comblait tellement, que je n’avais plus aucun besoin de chercher plus loin. Les autres hommes ont cessé d’exister, et quand j’y réfléchis un peu, c’était déjà le cas il y a un moment. A titre strictement personnel, la fidélité est une valeur qui je place au-dessus de toutes les autres. Elle et la loyauté. Rester fidèle à un homme ne m’a jamais posé problème. Une nuance cependant. Avant d’employer ce Nous, il y avait le Lui et le Moi. Ce que nous faisions ne concernait que nous. Il faisait ce qu’il voulait de ses nuits et moi des miennes. A l’époque, cela glissait sur moi. Pour tout vous dire, ce côté charmeur et libertin, c’était Lui, sa personnalité, ce qui était attirant d’une certaine manière. Je ne pense pas m’avancer trop lorsque je dis que c’était d’ailleurs ma légèreté et mon ouverture d’esprit (entre autres, bien sûr car j’ai énormément de qualités….hum) qui le séduisait. J’embrassais ma liberté et acceptais la sienne sans réserve. Alors, sincèrement…Qu’est ce qui a changé ? Est-ce qu’un Nous suffit à remettre en question un équilibre, pourtant à l’origine d’une relation ? Si demain, il me disait qu’il a embrassé quelqu’un lors d’une soirée arrosée, comment réagirais-je ? A 17 ans, j’aurais claqué la porte. A 21 ans j’aurais pleuré toutes les larmes de mon corps, pardonné et regretté. Et aujourd’hui ? Pourquoi ne serais-je jamais libre ?

 

 

Publicités

Étiquettes : , , , ,

About sianama

Boulet retardé

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :