L’ Anti-Princesse ou le récit d’un paradoxe

bombe28

Que s’est-il passé exactement chez mes contemporains pendant 5 ans ? Depuis ma rupture, j’ai eu l’occasion d’en rencontrer un échantillon significatif et forte de cette expérience je suis pourtant incapable de bien comprendre ce qui se passe dans la tête de ces êtres étranges, à la fois machos et romantiques, que sont les hommes. Quelles idées tordues traversent donc leurs petites têtes barbues, moustachues et chevelues ? J’aimerais sincèrement comprendre parce que j’ai souvent l’impression d’avoir en face de moi une génération entière de personnes perdues, désabusées et pourtant follement (Vainement? Lâchement ?) romantiques.

Vous savez, quand vous espionnez un peu les profils des nanas sur les sites de rencontres, vous tombez généralement sur les mêmes discours (« fille simple, un peu folle, qui aime rigoler, sortir avec ses amis et blablabla ») et ce qui ressort souvent c’est que la grande majorité des individus de sexe féminin ont cessé de croire au Prince Charmant depuis belle lurette. Certaines conservent intact l’espoir d’un jour croiser sa route, mais savent pertinemment que les hommes ne sont pas parfaits (tout autant qu’elles même ne le sont pas) En ce qui me concerne, il n’y a pas de trace, même ténue, d’espoir concernant ce sujet. Le Prince Charmant n’a jamais existé. Aucun homme à la fois beau, intelligent, attentionné, travailleur, plein de santé et sexuellement merveilleux, ne va débarquer dans ma vie, à califourchon sur une belle et véloce cylindrée. Je n’aurais pas de Happy Ending, ni de Happliy Ever After, et ce n’est pas grave. La vie est comme ça. Je veux juste une Pas Trop Naze Ending et une A Peu Près OK Ever After. J’aurais de la chance si celui qui arrive possède ne serait-ce que trois des qualités sus-citées. J’aurais de la chance de tomber amoureuse. Je ne demande que ça. C’est pour cela que je n’arrive pas à m’expliquer pourquoi certains hommes semblent complètement bloquer sur le mythe de la Belle Princesse. La Femme Idéale. Celle qu’ils attendaient. Celle qui combine beauté, douceur, caractère et intelligence. Celle qui les transformera en ce qu’ils ont toujours rêvés d’être (au passage, compter sur l’autre pour qu’il vous change, c’est une erreur de débutant) Par quelle construction bizarre en est-on arrivés à cette société étonnante où quelques irréductibles romantiques persistent et signent dans la quête impossible de l’Amour absolu et parfait ? Jusqu’à s’en servir pour expliquer leur lâcheté quotidienne…

A en croire quelques uns, lorsqu’ils te donnent rendez-vous pour prendre un verre, ils attendent un coup de foudre, pas moins. Ou une nuit de baise, pas plus. Il faut que le courant passe tout de suite. Que ça fasse « clic ! » ou « boum ! » ou « vlam ! », parce qu’en l’absence de ces onomatopées, ils ne tomberont jamais amoureux. En revanche, cela ne les freinera jamais dans leur autre quête absolue, un peu plus vulgaire celle là, du vidage des couilles bourses. Ils le savent instantanément. Ils le sentent dans les tréfonds de leur âme torturée. Pas de petits bruits dans le cœur, pas de sentiment, donc je ne te rappelle pas et je fais le mort. Bienvenue dans le monde des relations pré-cuites. Temps de cuisson : une heure, une soirée, une nuit, éventuellement une ou deux semaines si tu tombes sur un patient. Et puis plus rien. Silence total. On n’a pas pris le risque de se dire qui l’on était pour l’autre, on n’a jamais prononcé le mot « couple » alors pas de rupture, juste un vide infini auquel se heurtent nos questions et nos hypothèses (« c’est moi ? », « c’est lui ? », « c’est une autre ? ») Aujourd’hui, on semble chercher du spectaculaire, du grandiose, de l’incroyable et s’il n’y en a pas, si en face, il n’y a qu’une simple personne avec ses failles et ses travers, s’il n’y a qu’un rythme de cœur maîtrisé, il y a toujours une porte de sortie. N’importe laquelle. Souvent, cette porte, c’est le besoin de rencontrer LA perle. Tu n’es pas ELLE, alors c’est fini. Suivante. Suivante parce que j’attends de mon cœur qu’il batte à la chamade, et j’ai besoin qu’il le fasse maintenant. Suivante, car je n’ai pas la patience d’attendre que ça vienne doucement. Suivante, puisque si ça avait dû venir, ça serait déjà là. Suivante, car, si ça se trouve, la prochaine saura mieux que toi actionner ces boutons-là.

Et du coup, comment fait-on pour transformer l’essai ? Quelles conditions faut-il réunir pour avoir l’insigne honneur de correspondre tout de suite à un idéal ? J’ai la faiblesse de penser qu’un couple s’inscrit sur la durée et que pour savoir si l’autre me correspond, il faut que j’apprenne à le connaître. Et si je suis capable de comprendre que cet homme qui me fait face et qui n’a pas encore déréglé les battements de mon cœur est susceptible de le faire un jour pour peu que lui en laisse le temps, pourquoi n’est-il pas à même de me laisser ma chance ? Certains répondront que c’est pour éviter de s’attacher et de souffrir inutilement, et ce genre de réponse me fait bondir. Putain…oui, figurez-vous que la souffrance fait partie de la vie. Grande nouvelle. On n’y coupe pas. Et il vaut mieux, parce qu’en plus, la douleur fait partie de l’apprentissage de soi, des autres et de nos limites. C’est quoi cette génération frileuse qui a peur de se mouiller et qui crie avant d’avoir mal ? D’où vient cette crainte absurde ? Peut-être aurons-nous mal, mais on aura vécu de s’être aimés. On aura vécu cette histoire autant qu’on le pouvait, on se sera donné une chance d’être heureux. On aura essayé. Est-ce que ça ne vaut pas mieux que tous ces silences, cette superficialité ambiante, ces histoires de clic, de boum et de vlam ? Est-ce qu’il ne vaut pas mieux se colleter à la réalité que de chasser des chimères ?

Je revendique mon droit à l’aimable imperfection. Je mérite qu’on prenne des risques pour moi. Au même titre que cet hypothétique homme mérite que j’en prenne pour lui. Nous le méritons parce que nous ne sommes pas des idéaux. Nous ne sommes pas des concepts. Je suis cent fois plus réelle, au moins, qu’une princesse de contes de fée. Je suis comme toi, qui me paye un verre ce soir. Moi aussi, j’ai mes problèmes, mes névroses et mes insécurités. Moi aussi, le matin au réveil, je ne suis pas au top. Moi aussi je transpire, j’étouffe et je souffre. Moi aussi on m’en a fait baver et je me doute bien que ce n’est pas fini, que si on laisse les choses se faire, on en viendra à s’attacher, peut-être que tu m’aimeras plus que moi je t’aimerais, ou le contraire, va savoir, peut-être, oui. Si ça se trouve, dans un mois, six mois, un an ou plus, on se quittera. Et tout ce qu’on aura, c’est une histoire de plus à raconter, des problèmes à surmonter et une énième déception à comptabiliser. Certes. Et alors quoi ? Si ça se trouve, conversation après conversation, nuit après nuit, tu continueras de me surprendre. Un jour, tu te rendras compte que mon sourire ne t’as toujours pas lassé. Un jour, ça nous tombera dessus et on sera bien contents de s’être laissé la possibilité que ça arrive. Un couple, c’est rarement une évidence immédiate. Mais ça donne quand même plus de frissons que l’attente d’un coup au cœur qui ne viendra peut-être jamais.

Loin de moi l’idée de m’ériger en Mère La Morale. Je ne suis pas un modèle et finalement, je ne parle que pour moi. Mais qu’est ce qu’ils me rendent tristes, ces gens qui ont peur de tout, qui ne croient en rien et ne demandent qu’à aimer tout en s’empêchant soigneusement de tomber amoureux. Ces gens qui sont d’accord pour partager leurs nuits mais attendent un signe du destin pour partager leur vie. Ces gens qui réfléchissent tellement qu’ils n’agissent plus beaucoup. Je suis bien placée pour en parler puisque c’est ce que je fais. Je suis une Princesse anti-Princesse. Un paradoxe ambulant. Un produit de ma foutue génération perdue et désabusée. Rassurez-moi…Ça se soigne?

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