Joyeuse Saint-qui ?

bombe27

Il y a quelques jours, c’était la Saint-Valentin. Je ne vous apprends rien, vous le saviez. Dès le début du mois, des voyants s’allument et se mettent à clignoter un peu partout pour te rappeler que le 14, tu vas devoir t’épiler, trouver un ensemble de lingerie indécent, mettre une belle robe et envoyer des messages subliminaux à l’homme qui partage ta vie pour qu’il comprenne que cette année, les roses ne seront pas suffisantes. Ou alors, pour te rappeler que tu es seule, que l’épilation ne sert à rien et que le 14, tu seras sûrement en train de pleurer, en pyjama et grosses chaussettes, devant une énième rediffusion de Bridget Jones. Ou…

Il y a quelques jours, j’ai choisi de virer la grande majorité de mes poils. Rien ne m’obligeait à vous en parler, mais nous ne sommes plus à une indiscrétion près, vous et moi. Donc, j’ai pris rendez-vous chez ma dispendieuse esthéticienne. Et j’en suis ressortie lisse et douce, avec crèmes, huiles et onguents pour parachever l’œuvre. Plusieurs dizaines d’euros, envolées avec les bandes de cire sucrées et enrichies en beurre de karité. Ce n’est pas tout. Il y a quelques jours, en faisant les toutes dernières soldes, je suis entrée dans une de mes boutiques favorites (mais horriblement chères) et j’ai déniché une blouse bi-matière en coton noir et soie aubergine, dont le décolleté ravissant venait révéler gracieusement mon dos en un élégant drapé. Même en solde, même avec une démarque ahurissante, il aurait dû rester sur son cintre. Mais, allez savoir, l’occasion, la perspective du 14, je ne sais pas…je suis repartie avec. Je m’imaginais déjà, lisse et douce, avec la soie ouverte sur ma chute de rein, moulée dans une jupe crayon noire, des bas et des escarpins vernis pour compléter la silhouette. Comme j’allais être élégante et sensuelle ! J’allais être la Valentine ultime.

La question que l’on est en droit de se poser est : « Pour qui ? » Bah oui, on parle de Valentine, on s’attend à un Valentin. Dans mon cas, on pourrait même s’imaginer plusieurs Valentins. Un nouveau, un ancien, ou n’importe quel homme susceptible de se manifester le jour J, éperdument amoureux, armé d’un bouquet et d’une réservation dans un restaurant intime et chaleureux. Surtout que vous avez la Valentine prête, au moins sur le plan esthétique, à ce genre de manifestation. Je me dois de couper court à tout suspens avide de potins croustillants. Il n’y avait pas de Valentin. Il y a bien eu le Fauve, qui m’a invitée presque chaque jour de la semaine dernière à sortir avec lui. Il a été omniprésent et chaque moment passé avec lui fût extrêmement agréable et délicieux. Une semaine féline, toute en conversations, cinéma, verres de vin et même dîner aux chandelles. Mais pas le 14.

Le 14, je l’ai passé seule. Pas seule et triste, ni seule et heureuse. Juste seule et au calme, à préparer mes dix prochains jours de quasi-vacances (lorsqu’on est auto-entrepreneure, on ne reste jamais bien longtemps loin de son ordinateur) Et dans ce cas, pourquoi tant de soin apporté à mon corps ? A mes choix vestimentaires ? Je vais vous dire, avant ma rupture, j’ai rarement pris autant soin de moi que je le fais à présent. Je n’ai jamais été particulièrement négligée non plus, mais les circonstances étaient ce qu’elles étaient. Et elles ne me donnaient pas envie de plaire ou d’être désirable. Je voulais probablement prouver que j’aimais l’Autre bien plus que je ne m’aimais. Ou décourager son désir lorsqu’il m’était trop pesant (les deux sont possibles). Ce n’est pas un hasard si ma première sortie en tant que célibataire fût une longue après-midi au Hammam avec une amie. J’ai passé plusieurs heures dans la vapeur, au milieu des autres femmes, avec le doux bruit de l’eau, à rire, à parler, à me faire frictionner, masser et dorloter. En sortant, j’ai presque ressenti cela comme une renaissance, comme si chaque pore de ma peau avait regagné sa sensibilité originelle, comme si en quelques heures, j’avais repris entièrement conscience de mon épiderme, et des contours de mon être. Je crois qu’à partir de cette sortie, je me suis fait le serment très personnel de ne plus jamais me perdre de vue et d’exalter ma féminité. Pas pour faire plaisir à un homme. Ni même pour attirer les regards. Il ne s’agissait pas de vanité ou d’orgueil. Il s’agissait simplement d’amour de soi.

Au risque de passer pour la dernière des cruches superficielles, je ne suis jamais aussi heureuse que lorsque je réussi particulièrement bien mon trait d’eye-liner et que je constate dans le miroir à quel point cela me va bien. Porter un ensemble de lingerie en satin, dentelle ou soie sous mon jean fétiche, tellement élimé et reprisé que je ne le porte que les dimanches pluvieux sans sortir de chez moi, est un plaisir équivalent à celui que j’ai lorsque j’applique une crème aux senteurs gourmandes sur mes jambes ou que je peins mes ongles de toutes les couleurs. Je peux passer des heures à regarder des tutos maquillage et coiffure sur internet (certaines chaînes youtube mériteraient d’ailleurs d’être déclarées d’intérêt publique tant elles arrivent, avec peu de moyens, à procurer douceur et mieux-être) et, oui, quelques fois, je m’inflige de véritables séances de torture chez l’esthéticienne dont je ressors, paradoxalement, plus légère, plus sûre de moi et surtout plus à l’aise. Je ne le fais pas parce qu’on m’a dit que c’est ainsi qu’il fallait faire. Je ne le fais pas parce qu’un homme me l’a demandé. De même, lorsque le 14 arrive, je ne me prépare pas pour un hypothétique prétendant. Je suis d’ailleurs persuadée que si vous ne faites attention à vous que lors de grandes occasions, c’est qu’il y a un problème.

Abordons ici la partie « Philosophie de comptoir ». On dit souvent qu’avant de tomber amoureux, il faut s’aimer soi-même. Bien sûr je partage cette sagesse populaire. Et pourtant, malgré cette maxime, je ne m’imagine pas encore succombant au charme de qui que ce soit. D’après moi, il faut également très bien se connaître, savoir qui l’on est, ce que l’on recherche, quels sont nos idéaux et ce dont on a besoin. Un chose est sûre, c’est qu’il ne faut jamais attendre de l’autre qu’il comble nos lacunes ou fasse de nous une personne meilleure. La personne meilleure, c’est à soi et uniquement à soi qu’on la doit. A vrai dire, je n’ai aucune envie d’être redevable de qui que ce soit si je m’accomplis personnellement. Mais peut-être suis-je dans le faux ? En toute franchise, je crois que je manque encore un peu de stabilité et d’indépendance pour consentir à en perdre une partie. Et d’ailleurs… je ne peux pas m’empêcher de m’interroger sur qu’est réellement l’Amour. Comment arrive-t-il ? Est-ce forcément une évidence immédiate ? Est-ce qu’il surgit, comme un geyser, après un temps incertain ? Est-ce qu’il se construit de lui-même, au fil des jours, comme un soleil qui mettrait des mois à se lever ? Et quand il est là… que ressent-on ? Toutes ces questions étant bien trop complexes pour mon intellect de greluche superficielle, je vais plutôt aller m’acheter un bouquet de rose et coiffer mes cheveux. Je crois qu’il est plus facile de se préparer à l’amour que de le vivre. Alors je vais me préparer. Oui, c’est un bon plan ça…

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About sianama

Boulet retardé

4 responses to “Joyeuse Saint-qui ?”

  1. la mode anonyme says :

    Je n’ai pas de réponse à tes questions finales, mais je peux t’affirmer que lorsque tu te sens féminine, bien dans ton corps, sexy à souhait, les autres perçoivent en général la même chose ! Un shoot d’ondes positives sur ta personne, et ça fait un bien fou 😉

  2. Aurel says :

    j’ai été dans le même cas que toi . Quand j’étais avec mon copain, avant que l’on se sépare j’avais pris du pois, je ne faisait plus attention à moi , je me négligeais . Et c’est quand l’on s’est séparé que j’ai reprit mon corps en main . Maintenant je fais attention à moi, je vais faire du sport, j’éssai de manger le plus équilibrer possible (c’est dur ça) et je me suis également dit que j’allais créer un blog beauté histoire de me faire du bien, de décrocher un peu du monde, et de partager des trucs et autre avec d’autre personne .
    Bref . voilaaaa ! (et je suis toujours célibataire depuis mais je ne m’en plain pas , bien au contraire, je me sent revivre .

    • sianama says :

      Et bah du coup j’ai été faire un tour sur ton blog (et tes autres, parce que je suis une petite curieuse) qui est vraiment tout doux et tout joli! (c’est toi qui dessine, d’ailleurs, manifestement : tu es très douée!)

      Je crois que l’avantage majeur à être célib, c’est tout le temps qu’on a pour soi, aucun compte à rendre, tu peux te chouchouter sans que personne ne te juge, et pour un temps, ça fait tellement de bien ! Profitons-en!

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