L’Orchidée Coléreuse

bombe25

Chez moi, il n’y a pas de symbolique innocente. Dans ma vie, les faits divers sont à mi-chemin entre la prophétie et le diagnostique. J’ai le psychisme à fleur de peau, l’épiderme réactif et mon visage ne ment jamais, car il en est incapable. Mon corps, incontrôlable, n’a qu’une seule vérité : celle de mon cœur et de mes sentiments. En définitive, je suis un livre qui s’ouvre malgré lui, sans que je ne demande rien, et qui livre parfois d’obscurs messages.

Ça a commencé après ma première nuit avec le Bonnet. Je me suis levée un matin avec la sensation confuse qu’une partie de moi se rappelait à mon bon souvenir de manière discrète mais imparable. Dans un premier temps, je ne m’en suis pas souciée. Habituée aux multiples caprices de mon enveloppe charnelle comme une mère peut l’être à ceux des ses bambins turbulents, mon premier réflexe est toujours de laisser crier, car ça passera, ça passe toujours. J’ai vaqué à mes occupations. J’ai serré les dents et attendu que se calme le mal.

Il n’est pas passé. Il a même empiré. Mon gamin pleurait, se roulait par terre, crispait ses poings, trépignait et s’agrippait à ma jupe. Il a fait tellement de cinéma, qu’à la fin, je l’ai regardé bien en face pour qu’il me montre son bobo, prête à souffler dessus en disant « bisou magique ! ». C’est là que je me suis prise ma première vague de culpabilité. Mauvaise mère, sourde aux douleurs de son propre gosse, j’avais face à moi une authentique blessure. Pas une grosse. Mais une angoissante pour qui s’angoisse facilement. Et justement, si vous ne vous en doutiez pas, j’ai tendance à dramatiser très vite.

J’ai mené mon corps chez un médecin spécialisé et il m’a expliqué que c’était courant. Et surtout, que j’étais comme un jardinier et qu’il était temps que je me responsabilise et que prenne soin de mon jardin. Notamment de mon orchidée. Vous ne le savez peut-être pas, mais je n’ai jamais eu la main verte, convaincue que je suis, que la Nature se débrouille très bien toute seule, je me contente généralement de lui donner de petits coups de pouce, ça et là. Dans la foulée, j’ai décidé de faire un check-up complet à mon bouquet. Il est vrai, que si, comme moi, vous aimez faire sentir votre fleur à plusieurs nez, il faut toujours garder à l’esprit qu’on ne sait jamais vraiment ce que ces derniers ont reniflés avant vous et que parfois, même si vous portez des gants, ça ne suffit pas. Rassurée, mais toujours sous traitement, j’ai scrupuleusement soigné mon orchidée. Tendrement, je l’ai bichonnée, pour qu’elle arrête de faire des histoires et qu’elle reprenne sa vie et moi la mienne. Et j’ai pu retourner chez le Bonnet. Encore. Et encore.

L’histoire pourrait s’arrêter là. Mais quelques jours après le départ du bobo vers d’autres contrées fleuries, mon orchidée s’est remise à chouiner. Elle faisait grise mine. Elle n’avait pas l’air contente. Muette de colère, elle semblait brûler de ressentiment sans que je n’y comprenne goutte. Ne venais-je pas de terminer un traitement efficace contre ce mal qui la rongeait ? N’avais-je pas reçu des résultats d’examens absolument parfaits et vierges de tout virus effrayants et autres épidémies malignes ? Mais elle était là, plus féroce que jamais, couverte d’épines, bouillonnante d’une rage écumante et incapable de me livrer le moindre indice. Je me suis dit que je l’avais peut-être trop sollicitée. Qu’elle ne devait pas être habituée à tant de déférence de ma part et qu’elle en avait eu marre que je sois toujours sur son dos. Je me suis résolue à faire comme d’habitude : attendre que ça passe.

Ça ne passait pas. Jours après jours, mon orchidée me criait dessus, me disputait sauvagement, hurlait à la mort. Mais contre quoi ? Mystère. J’ai fini par taper les symptômes sur internet. En moins de 0,29 secondes, j’avais la réponse. Sur un forum s’étalaient les histoires de dizaines de jardinières qui, comme moi, avaient une orchidée coléreuse et toutes le certifiaient, la réponse ne tenait pas dans un obscur intitulé médical inquiétant, la réponse était limpide. La réponse, c’était…le stress. A l’avance, pardonnez ma vulgarité, mais…ce putain de connard de saleté de brise-burnes de stress. Celui-là, oui. D’ailleurs, en y réfléchissant deux secondes, ça n’était pas complètement déconnant. Je venait de perdre mon emploi de vendeuse, pour en gagner un dans ma branche, nettement plus chronophage et important. J’avais passé plusieurs semaines la tête dans le guidon à enchaîner les heures devant mon ordinateur sans prendre de pause, en me mettant une pression immense. Le Bonnet qui avait annulé notre dernier rendez-vous et n’avait plus donné de signe de vie. Ajoutez à ça l’approche de la date d’anniversaire de ma rencontre avec l’Autre et tout ce que ça peut comporter de souvenirs à la fois nostalgiques et contradictoires, de regrets et de souffrances, vites ravalées dans un coin. Oui, la période des fêtes avait été dure et mon orchidée pouvait renâcler puisque j’étais si longtemps restée sourde à toutes les protestations émises par le reste de mon corps. Le stress s’était donc frayé un chemin pour appuyer là où ça faisait mal. Là où ça faisait suffisamment peur pour que je daigne aller voir un médecin. Il savait que, pour mon orchidée, j’étais prête à bouger mes rendez-vous et aménager mon planning. Rien que de le savoir, cette dernière s’est adoucie. Après ces édifiantes lectures, je me suis roulée en boule sous ma couette et j’ai dormi longtemps.

Le lendemain de cette incroyable découverte, mon orchidée continuait à toussoter mais avec moins de véhémence. Le Fauve m’a proposé de passer chez lui et lorsque je suis arrivée, un dîner aux chandelles m’attendait. Ma fleur, bien qu’encore fragile, n’émettait plus que des ronronnements et après deux jours passés avec lui, tout était rentré dans l’ordre. Vous voyez, je n’invente rien. Chez moi, il n’y a pas de symbolique innocente. Dans ma vie, les faits divers sont à mi-chemin entre la prophétie et le diagnostique. J’ai le psychisme à fleur de peau, l’épiderme réactif et ma chaire ne ment jamais, car elle en est incapable. Mon corps, incontrôlable comme seuls peuvent l’être ceux des grands sensibles, n’a qu’une seule vérité : celle de mon cœur et de mes sentiments. En définitive, je suis un livre qui s’ouvre malgré lui, sans que je ne demande rien, et qui livre parfois d’obscurs messages.

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Boulet retardé

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