Dévoiler pour mieux sauter

bombe22

Je passais par là et je me suis dit que comme souvent, les choses que je choisis de révéler sont généralement les moins importantes. Ce sont les secrets, les cachotteries, et le temps que l’on met à en dévoiler une partie qui peut donner une idée de leur importance.

La vérité c’est que sous cette carapace de plomb noir, lisse et brillant surmonté d’une mèche blonde qui ne demande qu’à s’enflammer, il y a de la poudre bouillonnante et frémissante, qui bat la mesure lorsque le compte à rebours s’affole. Une éternelle romantique certes, mais aussi, quelque fois, une grande inerte au cœur anesthésié. De ces personnes pour qui la poésie d’une rencontre détermine souvent la nature de la relation à venir. Selon les cas, elle sera légère, dramatique, sans importance ou complètement bouleversante. Possédant peu de nuances, je m’emballe face à des coïncidences troublantes et reste de marbre face au reste. Inconstante et papillonnante, c’est le poème le plus récent qui me fait frémir. Je le lis et relis jusqu’à ce qu’il n’ai plus de secrets pour moi. Et pars en quête du suivant. Parce que lorsqu’une hypothétique relation suivie pointe le bout de son nez, le plomb se couvre d’épines, la poudre se fige et semble même se replier contre la paroi qui l’enferme. La personne en question évolue donc sur un terrain miné.

Je n’ai pas toujours été ainsi, à freiner des quatre fers face à cet absolu que le couple a toujours représenté pour moi. Il fût un temps, lorsque j’aimais, c’était sans retenue et l’objet de mon amour était le point central de mon existence. J’ai vécu cette fusion incroyable entre deux êtres. J’ai eu ces instants magnifiques et effrayants où l’on ne sait plus où commence l’un et où fini l’autre. J’ai vécu d’être grisée par ces phrase que l’on complète sans même y penser, ces regards que l’on sait si bien déchiffrer, ce langage secret connu de nous seuls. Il y a quelques années, avec l’Autre, nous avons été grands, nous avons été beaux et nous avons été les seuls détenteurs de cette connaissance, de cette évidence qui nous liait l’un à l’autre. J’ai eu le vertige que confère la crainte de perdre et de décevoir celui que l’on place plus haut que soi. Quand je regarde en arrière je me dis que c’est probablement cette conception de l’Amour qui a tout fait foirer. Oui nous sommes montés très hauts. Mais surtout, quel mal nous sommes nous fait lorsque nous avons commencé à dégringoler si bas. Trois ans à surnager dans les débris de ce qui avait été. Trois ans à faire semblant d’y croire encore. Trois ans à se vider peu à peu de toute joie, de toute envie, de tout optimisme. Trois ans et devenir une ombre à ses pieds. Trois ans et s’oublier complètement. Ne vivre que pour, à travers et en fonction de l’Autre. Être tour à tour sa merveille et son bourreau. Son trésor et son jouet. Sanctifiée d’une parole et déchue l’instant suivant pour une faute aussi infime soit-elle. Vivre au quotidien la crainte de décevoir encore, la culpabilité infinie et le besoin d’être absoute.

Lorsque je suis finalement sortie de ce marasme, et cela ne s’est pas fait sans douleur, j’étais la Bombe. J’ai récupéré mes étincelles (l’Autre les avait piétinées), façonné mon corps (le contact de l’Autre l’avait abîmé) et blindé mon cœur (l’Autre l’avait mis hors d’état de marche). J’ai mis de l’ordre dans ma tête, j’ai repris confiance en moi. Et surtout je me suis interdit l’Amour, ce sale traître. J’ai bondi d’un bras à l’autre. J’ai joué. J’ai été déraisonnable. Et j’ai adoré ça. J’ai flirté, j’ai séduit et je me suis donnée en toute liberté et presque jamais sans remords ni regrets. Ais-je fait du mal ? Ais-je déçu ? Ais-je rendu heureux ? Ais-je ému ? Probablement un peu de tout ça. C’est tout de même étonnant, de se servir à ce point des hommes pour mieux se connaître et tenter de récupérer ce que l’on a perdu. Je me suis brièvement demandé ce que cela disait de moi. Toujours est-il que sans qu’ils le soupçonnent, ils m’ont tous reconstituée. Ils ont tout leur importance. L’Oiseau de Proie qui m’a fait comprendre que je n’étais pas morte en dedans et que, oui, avoir une vie, même après l’Autre, c’était non seulement envisageable, mais même possible et fortement conseillé. Le Geek, qui m’a émue et prouvé que les gens biens existaient, pardon pour lui. Le Ver de Terre qui m’a fait réaliser à quel point je valais mieux que tout ça. Le Boulet de Canon qui m’a mise face à mes contradictions et qui, par sa connerie, m’a remise dans le droit chemin. Les autres, les flirts sans conséquence, ce serveur à Chicago, dont le sourire m’a donné l’impression d’être la fille la plus belle du monde, le Blond si facile et si fragile qu’on a envie de lui coller une étiquette « Ne pas toucher » juste pour se souvenir que c’est important d’aider l’autre à être un mec bien, le Revenant et ses messages cryptiques qui donnent à la simplicité une saveur nouvelle et dorénavant indispensable. Les hommes croisés, frôlés, embrassés. Les hommes avec qui je suis restée amie et ceux qui ont été évacués. Les hommes qui m’ont tant donné et à qui je n’ai pas apporté grand chose. Les hommes que j’ai détestés, qui m’ont dégoûtée, qui m’ont émue, qui m’ont laissée froide, qui m’ont fait rêver ou qui m’ont fait rire. Et puis le Fauve.

Le Fauve, c’est le poème le plus long, le plus audacieux mais aussi le plus problématique. Le Fauve c’est celui qui risque de payer pour les autres s’il continu à s’attacher. C’est celui qui m’assure qu’il a compris mon indépendance mais qui réclame ma présence. Celui qui veut être rassuré. Celui qui aime sa liberté mais prendrait bien la mienne. Celui qui veut tout et son contraire. Celui que je respecte sans pouvoir l’aimer. Celui qui m’encombre et me ravie. Celui qui a toujours eu le rôle du trait d’union, à son corps défendant et bien avant moi. Celui qui me fait vivre des instants d’exception dont la seule évocation serait à même de faire rougir une nonne. Celui qui a tellement de qualités et me regarde comme une déesse. Celui qui me place trop haut, beaucoup trop haut et qui me rappelle l’Autre dans sa déraison. Celui qui me fait peur sans que je ne puisse m’empêcher de retourner le voir. Je me suis posé la question, vous savez. Je me suis demandé si, par hasard, ce Fauve là pourrait avoir une plus grande place dans ma vie. A un moment, j’ai presque voulu tenter l’expérience. Mais avant de me jeter à l’eau, j’ai voulu rencontrer quelqu’un.

Et c’est comme ça que Monsieur Bonnet a fait irruption dans ma vie. Et…forcément…pour compliquer les choses, ce fameux Mr B est en train de gratter une allumette dangereusement proche de ma mèche.Que représente-t-il?  Une tocade faute de mieux? Une fuite en avant? Une réelle attirance? Je ne sais pas ce que cela donnera. Je ne sais rien de ce que le Bonnet cherche ou de ce qu’il veut. Mais j’ai fichtrement envie de le découvrir.

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About sianama

Boulet retardé

4 responses to “Dévoiler pour mieux sauter”

  1. liloute22 says :

    Je n’ai pas pour habitude de laisser des commentaires sur les blogs mais en lisant le tien je me suis retrouvée totalement. Je me suis moi aussi totalement oubliée ces dernières années et j’ai aujourd’hui une folle envie de vivre de nouvelles choses à 26 ans!!

    Alors merci pour ces moments que tu partages, j’adore ta façon d’écrire et je prend beaucoup de plaisir à te lire!

    Liloute.

    • sianama says :

      Merci, Liloute, pour ton commentaire qui m’encourage grandement à continuer! Il faut vivre pour soi… Faire de nouvelles expériences, sortir de sa zone de confort. Quelquefois ça fait peur, mais la plupart du temps, c’est grisant et formateur!

      Encore merci!

  2. Luc says :

    T’es bonne. Mais non, pas ça, rho.

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