En quête d’action

bombe21

Le matin, j’ai eu un réveil câlin et du jus de pamplemousse. A midi, il m’a préparé les pizzas de son enfance (un histoire très touchante, et je le dis sans ironie) et l’après-midi nous sommes allés nous balader et faire chauffer la carte bleue. Le soir, en rentrant chez moi, au sortir d’une journée particulièrement agréable, j’ai ressenti un petit picotement dans la conscience.

Un genre de petit rappel un peu sournois qui m’a remis en mémoire les termes de notre contrat tacite quant à la nature de notre relation. Par ailleurs, certaines de nos conversations ayant tourné sur ses autres amantes, j’aurais été bien crétine de m’imaginer quoi que ce soit. Depuis ma rencontre avec le Fauve, je savais qu’il avait vu au moins 3 ou 4 autres personnes. J’ai alors fait mon propre compte et le calcul a été rapide. A part lui, personne. Pas de rencontre, pas de nouvelles têtes, pas de nouveaux corps. Non, un flirt dans une impasse, des soirées décevantes et aucune séduction. Alors…volonté de me prouver mon non-attachement, envie de nouveaux horizons ou pur désœuvrement, il y a quelques semaines, j’ai eu l’idée brillante de passer (à nouveau) par internet pour faire d’enrichissantes rencontres.

J’ai mis de côté les monstres tentaculaires du genre de Meetic qui vous gobent à grands renforts de publicités diffusées à la télé et dans le métro et vous mettent à la merci de la lie du célibat. J’ai soigneusement évité Adopte, qui m’a trop souvent donné l’impression d’être une travailleuse du sexe bénévole. J’ai vaguement consulté les applis un peu gadget à la Tinder sans trop réussir à en saisir le principe. Et puis, de guerre lasse, et conseillée par le Photographe (cherchez pas, j’en ai pas encore parlé), j’ai jeté mon dévolu sur le côté second degré détendu d’OkCupid, gageant que la dimension anglophone du machin était du style à éloigner au moins les kikoo-lol. Je me suis pliée de bonne grâce à l’exercice de la fiche, répondu aux questions rigolotes, mis mes plus jolies photos et attendu. En l’espace d’une journée, j’avais une vingtaine de messages, quelques originaux et d’autres plus convenus. Il fallait faire un choix. D’entrée de jeu, j’ai éliminé les nains. Puis évacué les lourds et ceux qui font des fautes d’orthographe. Je n’en suis pas très fière, mais j’ai également filtré les moches. Passé cet impitoyable écrémage, j’ai lu un message d’un gars qui me disait que j’avais des mains à jouer du pipeau ou du piano. C’était stupide mais je me suis dit qu’il fallait bien commencer quelque part. Après un bref échange sur la nature glamour du pipeau et m’être assurée qu’il n’était pas un maniaque fou dangereux (note pour plus tard, essayer d’être moins innocente la prochaine fois, vous allez comprendre), nous avons convenu d’un rendez-vous.

J’arrive à l’heure dite à peine dépassée de 15 minutes, j’ai fait un effort vestimentaire, mais sans plus, car je n’ai pas vraiment envie de quoi que ce soit et que je suis juste curieuse. Je vois arriver un type moyen, assez baraqué, doté d’un sourire de réclame pour dentifrice en promo chez Carrefour et d’un débit beaucoup trop élevé de paroles. Ses thèmes favoris sont : lui, sa vie et son œuvre. Il m’emmène dans un bar et commande un cocktail sans alcool très sucré, me fait de gros yeux quand je commande un mojito (oui, encore un) et me demande si je suis alcoolique. Je répond que non. La serveuse, une métisse magnifique, nous informe que nous sommes en plein dans les happy hours et que tous les cocktails sont au même prix. Il la regarde comme un bout de viande, plaque sur sa bouche son rictus le plus charmeur, baisse la tonalité de sa voix d’un ton et adopte une attitude de séducteur qu’il quitte dès qu’il s’adresse à moi pour me dire qu’il apprécie son tempérament de feu. J’aime moyen. Comprenez-moi bien, il ne me plaît pas du tout, mais il y a quand même des limites à ce que je suis susceptible d’accepter ou non. Foutu pour foutu et optant pour la provocation pure et simple, je décide, moi aussi, de draguer la serveuse (« j’adore ton tee-shirt ! », « ça va, t’as pas trop de clients lourds ? », « de la basse ! Pas possible ?! Moi, j’apprends le ukulélé en autodidacte ! »)

C’est alors que mon cavalier abat une carte que je n’aurais jamais imaginée. Le voilà qui prend un air de conspirateur, se penche vers moi et dans un élan de confession intime me susurre, le plus sérieusement du monde : « moi, quand j’écoute de la musique quelques fois j’ai l’impression que les instruments me parlent, comme une langue étrangère…du portugais…ou du russe… Je ne le raconte pas à tout le monde, mais mon psy m’a assuré que ce n’était pas grave, alors… » Silence. Je le regarde, un peu indécise, « les instruments te parlent ? » Il guette ma réaction, subitement tendu « oui, ils me disent pleins de choses mais je n’arrive pas à saisir quoi » Quelque part, dans mon esprit résonne l’alerte psychopathe, je réprime un fou rire et ose un discret« Mais…Est-ce qu’ils te demandent de tuer le président ? » qu’il ne relève pas, trop occupé à défendre son…sa…quoi au juste…exceptionnelle sensibilité musicale, dira-t-on. La suite, on s’en doute, est une succession d’échanges improbables sur son rejet des drogues et de l’alcool afin, dit-il, de garder sa lucidité, sur son travail passionnant (contrôleur des impôts), sur ses déceptions amoureuses (il serait tombé sur plus folle que lui) et, enfin, sur ses goûts (il aime les femmes à fort caractère).

Au bout d’une heure, il se lève, déclare qu’il a un cours de danse (de kizomba, pour être tout à fait accurate), paye mon mojito et me raccompagne au métro. Grand prince, me déclare avoir passé un très bon moment, me certifie que je suis décidément très drôle sans quoi il jure qu’il m’aurait abandonnée à mon triste sort au bout de cinq minutes (il l’aurait déjà fait à plusieurs reprises m’a-t-il avoué) et exprime son envie de me revoir. Je rigole sans répondre, tourne vite les talons et reprends dard dard le chemin le plus court qui mène à la tanière du Fauve, histoire de rentabiliser la soirée. Pour la prochaine, je tâcherais de garder en tête qu’il ne suffit pas de demander : « es-tu un dangereux psychopathe ? » pour être vraiment fixée sur la stabilité psychologique de l’autre. Mais y aura-t-il vraiment une prochaine fois ?

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About sianama

Boulet retardé

5 responses to “En quête d’action”

  1. Polina says :

    J’adore cette tendre cruauté avec laquelle tu racontes tes mésaventures, je me régale en te lisant à chaque fois.

  2. Marion - Le Monde des Loups says :

    La fin est à se plier!

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