Sa Mère la Poisse et le Vortex des Lunettes

bombe20

Vous savez, vous pouvez avoir une plastique parfaite, un intellect supérieur à celui de la moyenne, une vie incroyablement riche en péripéties mouvementées et en rencontres exceptionnelles ET être une véritable poissarde plus malchanceuse que le dernier vainqueur des Darwin Awards. Si en plus, vous vous révélez être à peine la moitié de ce que vous avez écrit au-dessus, et bien, c’est finalement assez ridicule.

(Je me suis lâchée sur cet article, il est très long, alors installez vous bien et rendez-vous dans une heure hein)

Le pire, c’est que tout ça part d’une intention tout à fait louable : à l’origine, tout ce que je voulais, c’était protéger mes lunettes. D’ailleurs, chaque étape de ce récit peut-être expliquée comme cela : une action motivée par la tentative désespérée de défendre un bien matériel. Mais le Destin est une pute, l’Alcool est un sacré connard et moi…moi…je suis un peu bête.

Tout commence, si vous avez le temps, il y a un an, presque jour pour jour, avec l’achat, par mes parents chéris, de mon petit luxe à moi : une nouvelle paire de lunettes. Il faut savoir que j’avais attendu presque 5 ans pour changer ces lunettes. Il avait fallu que les anciennes soient complètement rayées et hors d’usage avant de me décider à prendre rendez-vous avec mon ophtalmo. Rendez-vous obtenu très rapidement, à peine 6 petits mois à partir de la date de mon coup de téléphone. Sacrés ophtalmos. Du coup, ces lunettes, c’était un peu mon Graal, mon précieux, mon trésor. Je les avais choisies élégantes et intemporelles, avec une petite touche d’originalité (elles avaient des branches rouges) En les posant sur mon nez, j’ai su que c’était elles. Elles étaient parfaites. Et je les aimais. En prime, j’avais eu une autre paire un peu moins cool, un peu moins swag, mais tout de même utile et présentable dans le style nerd assumé. Mes lunettes et moi, on s’entendait bien. On se congratulait mutuellement d’avoir autant de style. Oui, je parle à mes lunettes et elles me répondent, comme mes chaussures et non, nous ne sommes pas plusieurs dans ma tête. Tiens, d’ailleurs à ce propos, il faudra que je trouve le temps de vous raconter ma brève rencontre avec un authentique psychopathe.

Tout allait bien dans le meilleur des mondes jusqu’à il y a environ trois ou quatre semaines, lorsque mes amis et moi avons été pris d’une frénésie clubbeuse agrémentée de homemade mojitos. A ce stade je me rends compte que beaucoup de mes anecdotes impliquent ce fameux cocktail, il serait peut-être temps de trouver un autre poison un peu moins nocif…Passons. Nous voilà donc en train de nous préparer pour sortir et là je me dis que si je veux être tout à fait renversante, il va falloir lâcher un peu les lunettes et dégainer les lentilles. Ni une ni deux, je les pose et range mes précieuses lunettes dans leur étui. Etui que je glisse dans mon sac. Sac que je passe à mon épaule. Epaule qui…euh…non, bah rien en fait. Et la nuit commence. Avec le Renard (entre autres) j’enchaîne les shots et les déhanchés sur la piste de danse en lançant des regards brûlants au grand brun avec la barbe de trois jours qui porte une petite chemise ajustée rentrée dans son pantalon taille basse. Je fini collée contre sa bouche, assez ravie de ma prise et passablement éméchée. Suffisamment en tous cas pour glousser bêtement à ses blagues et tenter de garder une contenance sur mes hauts talons en le suivant un peu partout dans la boîte. Au bout d’un moment, après avoir passé cinq bonnes minutes à tenter de toucher ma glotte avec sa langue (je sais, vous allez me haïr pour cette image), il me glisse : « on va chez moi ? » et là…

Brusque prise de conscience. J’étais censée rentrer avec une copine et je décide de la prévenir de mon changement de plan. Ou de chercher en elle une tentative d’évasion car je ne suis plus trop sûre d’avoir envie de quoique ce soit. Je commence à chercher mes amis un peu partout sans en voir un seul. Panique. Respiration saccadée. Poult qui s’accélère pendant que vient lentement la certitude selon laquelle j’ai été abandonnée à mon triste sort. Je file au vestiaire, récupère mon sac, allume mon portable, cette antiquité à bout de souffle, et là, effectivement, message paniqué de la copine. Soit. En attendant, je suis seule, saoule, mes pieds sont en compote, mon compte en banque est à sec et le taxi va me coûter une blinde pour retourner en banlieue. Le grand brun enfile une cape de super-héros et m’emmène chez lui, m’offre une glace au chocolat, me prépare un thé et me rassure : si je n’ai pas envie, on ne fera rien, il me propose simplement de dormir chez lui pour m’épargner un taxi hors de prix. Je suis reconnaissante et assez rassurée de savoir qu’il existe de vrais gentlemen, persiste et signe : merci, je préfère rester chaste. Là il retire sa chemise. Et je commence un peu à regretter d’être sage. Mais je m’accroche. Je passe donc la nuit à 10 cm d’un mec charmant, hyper bien fait et complètement torturée par ma résolution d’être une fille bien. La bonne éducation est une conne, des fois.

Le lendemain, je me drape dans ma dignité, repasse mes fringues de la veille et, dans le brouillard total, tâte un peu partout à la recherche de mon étui à lunettes. Sans succès. Agacée, je vide complètement mon sac. Eparpille en jurant toutes mes affaires sous l’œil médusé de mon sauveur qui se passe la main dans les cheveux en me demandant si je suis sûre de l’avoir mis dans mon sac. Ma voix devient aigue sous l’effet de la panique, mon vocabulaire devient ordurier, mes yeux s’emplissent de larmes : l’étui a foutu le camp. Où ? Quand ? Comment ? Allez savoir. Mais le constat est sans appel : je suis à moitié aveugle, j’ai une barre dans la tête consécutivement à la consommation abusive d’alcools forts et j’ai passé une nuit beaucoup trop chaste avec un inconnu dans un quartier que je ne connais pas. Je fini par sortir de chez lui et trouve le moyen d’atteindre une station de métro en tentant de joindre n’importe qui susceptible de me donner un conseil pour retrouver mes lunettes. Je traverse toutes les phases du deuil, le choc, le déni, la colère, la tristesse, et enfin, l’acceptation et la reconstruction. Mes lunettes sont perdues, je n’y vois goutte, mais à la maison m’attend ma paire de remplacement. Je vais passer brièvement sur le fait que j’ai mis bien deux heures à rentrer chez moi, le RER ayant eu un colis suspect, la gare ayant été évacuée, me laissant grelottante dans le froid à attendre que mon cher et secourable frère ne vienne me chercher, perdue, misérable et fatiguée. Je passerai également brièvement sur le sermon de mes parents et sur la conclusion de cet épisode navrant. Sachez juste que je n’ai jamais eu de nouvelles du grand brun et que mes lunettes n’ont jamais réapparu, elle sont restées là où elles ont atterri et je me plais à penser qu’elles font leur vie, quelque part, loin, qu’elles ont vu du pays, qu’elles font le tour du monde et qu’elles sont heureuses, où qu’elles soient.

Voilà pour mes précieuses. Mais ça ne s’arrête pas là. Bah non. Revenez. La suite est absolument magique ! Je chausse mes lunettes de remplacement, celles qui sont bien, mais pas top. Peu importe après tout, j’y vois clair. Le souvenir de mes Beautés fini par s’estomper, je me dis que la vie continue et qu’il faut que je sois forte, c’est ce qu’elles auraient voulu. Je reprends donc mes activités. Et les sorties. Jusqu’à cette soirée. Cette soirée où je suis allée sans avoir dîné avant. Cette soirée où je suis allée en étant un peu malade et fatiguée mais désireuse de tromper la maladie, ou de la soigner à grands coups de vodka (ça marche, en Russie, non ?). Allez savoir. Allez comprendre les raisons. Je bois un mojito. Un deuxième. Un troisième. A ce moment-là, je suis lassée et décide de faire comme celui que j’appellerais le Blond, et de commander un Cuba Libre. Nous sommes trois, il y a le Blond, une copine et moi. On est heureux de se retrouver et les autres ont fini par partir alors on décide de commander des shots de vodka-caramel. A ce stade de la soirée, je suis pompette mais pas tout à fait irrécupérable. Je pourrais être plus vaillante mais le Blond est d’humeur à flirter et ça me galvanise. On bouge, on va dans un autre bar, on s’assoit. Je me mets à draguer le serveur. Le Blond commande un Irish Coffee et là. C’est le drame. Je vois trouble. Ma tête tourne. J’ai chaud, j’ai froid, je suis malade, je fais trois pas dehors et finis à quatre pattes à expulser tout ce que j’avais ingéré. Le moment le moins glamour de ma vie entière. Imaginez que deux secondes avant, j’étais la fille la plus sensuelle de la terre et qu’ensuite, j’ai complètement dégringolé au range de soiffarde indigne. Le genre de nana à qui on tient les cheveux. A qui on…retire les lunettes pour ne pas qu’elles tombent là où il ne faut pas. Là, l’histoire commence à se préciser. Ma voilà titubante, soutenue par ma copine qui se met en devoir de chercher un taxi pour me ramener chez elle. Je grommelle faiblement : « mes lunettes ? Où sont mes lunettes ? » sans obtenir de réponse. Après, je ne suis pas sûre d’avoir vraiment prononcé ça de façons tout à fait distincte mais passons. Je me réveille le lendemain matin dans un lit avec une bassine à côté. J’ai un teint à peu près aussi sexy que peut l’être un yaourt périmé depuis 5 ans, mes cernes sont tellement noires et profondes qu’on pourrait les prendre pour deux caves et, d’ailleurs, vu la façon dont les bruits extérieurs se répercutent douloureusement dans ma tête, j’ai bien l’impression d’avoir passé ma nuit dans une grotte. Je bois de l’eau que je fini par rendre environ deux secondes plus tard. A tâtons, je cherche mes lunettes dans mes affaires. Elles n’y sont pas, bien évidemment. Pensez-vous. Ça ne serait pas drôle, sinon. Je décide de me recoucher et me relève vers 14h. Fouille à nouveau. Reste bredouille. Regarde d’un œil flou et distant les affaires éparpillées par terre. Pleure. Va prendre une douche. Pleure à nouveau. Grignote du pain. Et sors enfin. Encore les rues brouillées. Encore la sensation d’être complètement perdue. Regarder les noms des avenues et des métros en plissant les yeux et retrouver le bar, attendre son ouverture, chercher les lunettes, demander, revérifier, pleurer, repasser par toutes les phases du deuil et rentrer chez soi, encore plus misérable.

Vous voyez, on peut-être mignonne, à peu près équilibrée, à peu près talentueuse, à peu près responsable. Oui, on peut. Mais on peut également être poissarde, faible et fragile face à ses propres vulnérabilités. On peut décider une bonne douzaine de fois qu’on ne nous y reprendra pas. On peut tout faire pour tenter de sauver les apparences. On peut aussi prendre le parti d’en rire mais n’allez pas croire qu’on ne commence pas d’abord par en pleurer. Je connais ici ce que j’appelle le revers de la médaille. Ou le retour de bâton. Parce que voilà, avoir 16 ans à nouveau, c’est très sympathique à bien des égards. Oui, je sors beaucoup, oui, je ne me refuse pas grand-chose, oui, je vis intensément chaque nouvelle expérience et oui, je rigole beaucoup. Mais voilà, j’ai beau être une ado dans la tête, en vrai, je ne trompe personne, pas même moi et surtout, pas même mon corps. Mes cuites mettent du temps à me laisser tranquille et mes prises de conscience sont beaucoup plus douloureuses qu’à l’époque. Elles sont plus dispendieuses aussi. Parce que là, c’est moi qui ai payé mes nouvelles lunettes, et d’ailleurs…elles sont TROP belles !

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Boulet retardé

7 responses to “Sa Mère la Poisse et le Vortex des Lunettes”

  1. Polina says :

    Le remake moderne d’Oedipe roi, ou l’exemple parfait lorsque toutes les tentatives, aussi désespérées soient-elles, nous renvoient à la seule et unique fin possible. Celle qui était prévue par le destin :D.

    • sianama says :

      Le destin avait prévu de me faire perdre mes lunettes! Vilain Destin! Vilain!

      • Marion - Le Monde des Loups says :

        Non, le destin pensait qu’il te fallait de nouvelles et superbes lunettes. Pour que tu sois encore plus sexy. Roooh ces gens qui décodent mal les messages =P

  2. sianama says :

    Ah oui, mais moi, si on m’explique pas, aussi!

  3. Marie-Aimée Kléber says :

    Pourquoi faut il toujours passer par de telles tragedies pour apprendre et retomber sur ses pattes!! Le destin pense qu’il peut jouer avec nos faiblesses. A moins qu’il sache tres bien ce qu’il fait. Nouvelles lunettes, nouveau cap…

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  1. En quête d’action | La bombe à retardement - décembre 9, 2013

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