Sur la patte du lion

bombe19

J’arrive chez lui un peu comme par erreur. Le temps de partager un verre de mauvais vin à la terrasse d’un café de quartier en échangeant des banalités saupoudrées de regards brûlants, qu’il me dise : « je ne veux pas paraître trop présomptueux, mais chez moi, il y a de bonnes bouteilles » et que j’accepte, surprise et un rien décontenancée de ma propre audace. Dans le hall, je me sens un peu perdue, plus vraiment sûre de ce que je suis venue faire ici. Son appartement est assez grand et bien tenu. Je m’assoie sur son canapé pendant qu’il débouche une bouteille de Côte du Rhône en me parlant de sa vie et de ses goûts.

Les verres se heurtent et il me regarde en souriant. Le vin coule délicatement dans ma gorge et sa chaleur se diffuse en moi. J’approuve son choix. Et quelque part, il me réconforte. Il ne m’a pas menti. Et de toutes manières, il avance sans masque. Ses paroles sont spontanées. Ses gestes également. Il est assis en tailleur à côté de moi, ses mains sur ma jambe qu’il parcourt légèrement du bout des doigts. Nos regards se cherchent et ne se lâchent plus. Fugacement, je me dis qu’il ressemble à un lion et c’est à ce moment qu’il jette tendrement sa bouche sur la mienne et que le plus naturellement du monde, je lui réponds en entrouvrant mes lèvres. Un frisson doux et violent à la fois me parcourt tandis que nos langues se caressent. Ce n’est pas la première fois que j’embrasse un homme. Ce qui n’est pas courant, c’est qu’un premier baiser soit aussi intense. Immédiatement, une alchimie se produit et je sens à ses gestes qu’il est tout aussi surpris que moi. Lorsque nos lèvres se séparent, je lis dans ses yeux une question silencieuse, probablement la même que celle qui s’imprime dans ma tête.

Qui es-tu ?

Cette interrogation me reviendra souvent. A la fin de chacune de nos étreintes, elle naîtra au bord de mes lèvres sans que jamais je ne la prononce. Qui es-tu pour tout savoir de moi avec une telle évidence ? Qui es-tu pour déclencher en moi ces réactions en chaînes ? Qui es-tu ? Pour l’heure, c’est la première fois qu’elle s’impose à moi et c’est avec délice que j’abandonne l’idée d’avoir une réponse. De cet abandon sautent toutes les barrières, et ce que j’avais un instant tenté d’arrêter revient avec fougue. Il m’assure que je ne suis forcée de rien, je temporise avec une gorgée de vin. Et puis je lâche dans un soupir, montre-moi ta chambre. Un ordre qui résonne comme une délivrance pour l’un comme pour l’autre. Dès l’instant que sont prononcés ces quelques mots, les corps s’embrasent et se relâchent. Les tensions cèdent sous le poids du désir partagé et nos chairs se mêlent et se démêlent avec l’urgence de la découverte de l’autre. Envolés les vêtements. Envolée la pudeur. Il n’y a plus que de la peau habillée de caresses maladroitement habiles. En fond sonore, les envolées électriques, lyriques et mélodieuses d’Aaron, accompagnent les rires entrecoupés de soupirs. Le Fauve, car c’en est un, me parcourt, émerveillé de qu’il produit en moi, guettant mes réactions, attentif et prévenant.

Qui es-tu ?

Lorsqu’il atteint le summum de son plaisir, il ne peut s’empêcher d’éclater d’un rire sonore et franc avant de me couvrir de baisers essoufflés. Pour lui, l’amour est une fête à laquelle il est délicieux de participer. C’est ce qu’il me dit alors qu’assis sur le rebord de sa fenêtre nous partageons une clope en finissant nos verres. C’est ce qu’il me confirme lorsqu’embrasés par de nouveaux baisers, nous nous précipitons encore l’un sur l’autre, jamais rassasiés de ce que nous échangeons et curieux d’en apprendre plus, toujours plus. Sur lui et sur moi. Je me pensais anesthésiée et me découvre une sensibilité à fleur de peau. Je me croyais lointaine et détachée, voici que je déborde de sensualité. Sans même le soupçonner, le Fauve devine et précède mes désirs tandis que je m’attache à transcender les siens. Entre ses mains je deviens fluide, légère et audacieuse. Source vibrante qui explose par vagues de bonheur pur. Le Fauve, en une nuit, m’a rendue à moi-même. Il m’a prise par la main et m’a aidé à ouvrir la porte qu’un autre avait cadenassée et que personne n’avait jamais vraiment réussi à ouvrir totalement.

Qui es-tu ?

Quelques semaines plus tard, je tape le code de son entrée après l’avoir cherché dans ses premiers messages. Je ne le connais toujours pas de mémoire, et j’ai encore cette appréhension inexplicable à l’instant de poser mon doigt sur la sonnette. Ce sont les heures les plus tardives que je choisis, les moments d’exceptions décidés sur un coup de tête. Il y a, plus que jamais, le soin apporté au décor, les coquetteries soignées et l’instinct de la mise en scène. Il y a une part coupable dans ces entrevues brûlantes, un goût d’interdit et d’inconvenante bravade. Quelques fois, j’ai l’impression de trahir une promesse, lorsque je réclame une caresse ou que je me surprends à désirer un feu ravivé dans lequel le Fauve me précipite. Sans le savoir, il m’entraîne vers mes anciennes blessures pour que je les referme enfin. Quelquefois celui que je nommerai l’Autre ressurgit, caché dans un geste, une parole, ou une suggestion. Son ombre est là, pleine de tristesse et de violence contenue, mais le Fauve veille, il s’assure de ce que je ne m’oublie pas, toujours respectueux de mes silences, comme je le suis des siens.

Qui es-tu ?

Avant que mes angoisses ne reviennent. Avant que mes humeurs ne s’assombrissent encore. Avant que, fatalement, ce qui est bon ne devienne mauvais, ou pire ordinaire, car c’est ce qui arrivera, j’ai envie de vivre pleinement ces nuits d’exception, ces parenthèses où la raison n’a plus sa place. Je veux profiter de ces instants de soie et de liqueur douce qui nous poussent au-delà de nos limites. Je veux t’écouter parler de toutes tes vies et de ce que tu aimes. Je veux que tu apaises ma soif de connaissance. Que tu satisfasses ma curiosité. Que tu bouleverse mes certitudes. Je suis égoïste. Et au final, je ne veux plus savoir qui tu es, je veux simplement que tu continues à être celui qui me révèle.

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Boulet retardé

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