L’effet nailart ou le doublé gagnant

bombe18

La semaine dernière, j’ai mis exactement trois jours pour prévoir une tenue. Mais ce n’était pas pour n’importe quelle occasion. Il s’agissait de vendre du rêve et d’être à la hauteur de ce rêve. Il s’agissait d’être irréprochable pour deux rendez-vous en une après-midi. En fait, de faire d’une pierre deux coups, pour être tout à fait explicite.

Le challenge, c’était d’être à la fois tout à fait décontractée, mais attirante, pour la première sortie, une expo avec le Revenant, et sensuelle pour le Fauve, qui m’avait gratifiée d’un message à caractère hautement explicite (limpide, à la différence d’une certaine personne, dotée d’un manteau kaki), invitation tellement bien tournée qu’elle méritait bien un petit cadeau en guise de récompense. Vous saisissez la problématique, jolie, mais pas en mode artillerie lourde histoire de rester dans la séduction légère avec l’un et glamour, dans la sophistication charnelle, pour l’autre parce que j’aime être une amante irréprochable. Une subtile question d’équilibre, en somme. Je suis une perfectionniste, et, ce qui est très paradoxal, c’est que bien que dénuée de tout esprit de compétition, lorsque je démarre un jeu, j’ai à cœur de sortir gagnante. C’est un trait de caractère qui me sert autant qu’il me trahit car je ne suis jamais à l’abri d’un faux pas désastreux. D’un côté le Revenant peut voir clair dans mon jeu, se dire que je fais beaucoup d’effort pour lui et s’imaginer que c’est dans la poche, et de l’autre, le Fauve peut se dire que je m’investis beaucoup trop, me prendre pour une nymphomane psychopathe susceptible de l’éventrer dans son sommeil à coup d’ongles french-manucurés (hiii…non, rien que ça, c’est déjà pas possible) Du coup, par un logique effet inverse, le Revenant peut également se retrouver face à une nénette à peine maquillée et aussi sexy d’un camion-benne et le Fauve face à une amante sympa, mais pas très excitante visuellement parlant (ce qui serait quand même dommage, étant donné tout le mal qu’il se donne).

Vous saisissez un peu le marasme dans lequel je me trouvais au moment de choisir ? Vous comprenez les ahurissants enjeux, ces questions de la plus haute importance qui ont torturé mes pauvres méninges trois jours durant ? Vous touchez à présent du doigt les subtiles ramifications de pensée dans lesquelles je me suis débattue encore et encore. Et vous vous dites : « cette fille a beaucoup trop de temps libre », vous avez très certainement raison, mais c’est un autre débat.

Du coup, j’ai sorti une à une chacune des pièces maîtresses de ma garde-robe. J’ai allègrement pillé mon dressing. J’ai tout déballé, histoire de faire un bilan objectif de la situation. Et je ne vais pas vous mentir, il était loin d’être brillant. L’été et les couleurs chatoyantes étaient bien loin. Rapidement, ma chambre est devenue le théâtre d’une guerre sans merci. Les jupes sont venues s’empiler sur le lit avec les blouses et les petits hauts, tandis que par terre, les chaussures au garde-à-vous me suppliaient d’un regard plein d’espoir de les choisir elles plutôt que d’autres (oui, mes chaussures me parlent et me regardent, tout à fait, et non, je n’ai pas oublié de prendre mes médicaments). Robe ? Pantalon ? Qu’est ce qui dit « Regarde-moi, mais pas trop non plus » tout en disant « Prends-moi maintenant, ne me fait pas languir plus longtemps ! ». Tout en transformant allègrement la pièce en décor chaotique, je voyais peu à peu se dessiner ma stratégie. L’équation parfaite était à portée de main. Je n’ai pas lésiné sur les moyens, masque hydratant, épilation minutieuse, gommages en tout genre. Je me suis préparée comme une mini-miss avant un concours de beauté. Manucure, coiffure naturelle, maquillage discret mais élégant, un baume hydratant, une ombre chocolat au coin des yeux et du khôl noir pour souligner le bleu-gris de mon regard. Bottes larges couleur fauve, petite jupette patineuse bleue pétrole avec broderies folk qui tombe bien sur les hanches, pull bleu nuit avec un décolleté gracieux en v tout doux, un long collier graphique, une bague assortie, une veste en cuir noir et une petite besace pour aller avec. En touche finale, un ensemble de lingerie absolument somptueux en satin mauve grisé et dentelle ivoire, et des bas noirs, histoire de me sentir parfaitement délicieuse (la belle lingerie œuvre toujours à merveille pour l’estime de soi). Trois jours. Une chambre, véritable ode visuelle à l’entropie. Un dressing mis à sac. Et une bombe remontée à bloc.

Je suis arrivée en avance, mon casque sur les oreilles, surveillant du coin de l’œil l’arrivée du Revenant. Je m’étais positionnée dans un cercle de lumière réfléchie par les baies vitrées du musée, afin que le soleil puisse jouer avec les reflets dorés de ma soyeuse chevelure (d’accord, j’arrête, ce n’est pas un roman de Barbara Cartland) Je savais que le temps de traverser le hall, il ne manquerait pas de me détailler et je fis mine de m’intéresser sincèrement à l’exposition d’objets de design hors de prix présentée dans une vitrine. Jusqu’à ce qu’une main vienne effleurer doucement le creux de mon dos. Je feignis la surprise, livrais un sourire éclatant, levais la main pour le faire patienter pendant que j’éteignais ma musique et retirais gracieusement mon casque (en vrai, une mèche s’était coincée dans le fil, j’ai cru que j’allais me scalper, pleurer et ruiner mon maquillage)(on est passé à un cheveux d’un véritable drame)(un cheveux, haha, vous saisissez ?)(C’est une blague)(C’est drôle) Après quoi le reste s’est déroulé sans accroc. J’ai dû passer une bonne heure à essayer de trouver LA remarque susceptible de le troubler, histoire de prendre ma revanche sur la dernière fois et j’eus enfin une idée sur un sujet improbable. « Oh, tu as remarqué mes ongles ? C’est joli hein… *petit gloussement* Je vois le Fauve ce soir, alors j’ai assorti ma manucure à ma lingerie » Bon, alors, d’accord, ce n’est clairement pas la sortie la plus fine qui soit, mais je finissais par manquer de temps et la panique s’était emparée de moi. Analysons un peu ; on avait un double effet kiss-cool. D’une part, la référence à une pièce de tissu que la plupart des hommes affectionnent particulièrement, en fins connaisseurs qu’ils sont, et d’autre part, le renvoi au Fauve, qui serait donc l’objet de mes petites attentions mignonnes. Conclusion : il avait un indice visuel sur ce qu’il se passait en dessous de la couche visible et cela alimentait son imagination tandis que s’installait l’idée dans son esprit que ce soir, un type, qui ne serait pas lui, allait pouvoir regarder cet ensemble et peut-être même jouer avec. A son hésitation, j’ai su que cette remarque, somme toute assez grossière, avait réussi. Cela m’a été confirmé lorsqu’il a déclaré qu’il avait besoin de se ressaisir et qu’il s’est mis subitement en quête d’un autre sujet de conversation. Confirmé également quand quelques jours plus tard j’ai reçu un message tard dans la nuit qui voulait dire, en gros, « J’existe ! Hey ! J’existe ! »

Le Fauve aussi a bien aimé cette histoire de vernis assorti à la lingerie. Mais ça, c’est une autre histoire que je ne suis pas sûre d’avoir envie de vous révéler. Je dirais juste qu’il est bien agréable de n’avoir pas à raconter que des fiascos. Que le Fauve ne rentre dans aucune cage, pas plus qu’on ne peut contenir l’explosion d’une bombe. Et que pour parler du bien qu’il me fait, il faudrait que j’évoque ce qui m’a fait tant de mal. Ça serait dommage, parce que j’aime vous amuser. Je conclurais donc ainsi, j’ai un Revenant pour nourrir ma tête, un Fauve pour apaiser mon corps et un cadenas sur le reste. Et pour l’heure, c’est idéal.

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Boulet retardé

6 responses to “L’effet nailart ou le doublé gagnant”

  1. Marion - Le Monde des Loups says :

    Youhouuuuuu!

  2. Polina says :

    Sans honte aucune, je me reconnais parfaitement dans ton écrit. C’est jouissif. Merci la bombe 😉

  3. Luc says :

    Au moins, on sait pourquoi il est difficile de multiplier les amants : Ca ferait beaucoup trop de temps dans le dressing.

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