Bonjour, ma vie est un film

bomba16

Acte 1, Scène 1. Hurt de Parov Stelar raisonne dans son casque, vissé sur ses oreilles. Elle vient de boire deux cocktails avec un vieil ami. L’alcool la grise un peu et elle a les joues un peu teintées. Elle n’arrive pas vraiment à savoir si c’est à cause du Manhattan ou de l’avalanche de souvenirs provoquée par cette entrevue. Et puis elle part rejoindre un autre, pour un énième cinéma à se demander pour la énième fois si cette énième sortie la conduira à une énième déception. C’est la dernière séance de la journée, le métro est clairsemé, elle pose sa tête contre la vitre, même si ça la débecte un peu, les vitres de métro.

Acte 1, Scène 2. Un genou vient légèrement heurter le sien. Elle sursaute. Un homme vient de s’assoir en face d’elle et lui fait un sourire pour s’excuser. Elle répond par un signe de tête et lui rend son sourire. Au passage elle s’attarde un peu sur son visage, ouvert et pas désagréable à regarder. Il porte une veste en cuir avec un foulard vert et noir. Il a les cheveux blonds en bataille. Brièvement, elle s’interroge sur son attirance systématique pour les blonds alors même qu’elle a toujours décrit son homme idéal comme étant un grand brun ténébreux avec barbe de trois jours et tout le reste. Elle se dit qu’elle est pleine de contradictions et que c’est probablement ce qui lui attire le plus d’ennuis, mais qu’on ne dompte pas sa nature puisqu’elle a une fâcheuse tendance à revenir au galop. Le Revenant lui vient en flash dans la tête. For Rose de Parov Stelar se met en route dans ses oreilles. Elle détourne les yeux mais sait, instinctivement, qu’il la détaille également. Elle vient d’arriver à son arrêt et se lève, soudain pressée et soucieuse de peut-être avoir fait attendre l’autre.

Ellipse

Acte 1, Scène 3. Ils sortent du cinéma, il est tard et il fait froid. Il a sorti deux ou trois réflexions un peu convenues sur le film. Il lui a demandé si elle a pris sa voiture. Elle a répondu que non. Aujourd’hui, elle n’a pas pris sa voiture pour aller sur Paris. D’habitude, elle conduit jusqu’à Neuilly et se gare dans la contre allée de l’avenue de la Grande Armée, juste après le tunnel de la Défense. Mais pour cette sortie, elle a laissé dormir sa voiture dans le jardin. Elle sait qu’elle s’apprête à rentrer seule, qu’elle va devoir marcher une quinzaine de minutes seule dans le vent glacial et qu’elle aura un peu peur en passant devant le parc, dans la nuit, à cause des lampadaires qui grésillent et qui vous donnent l’impression qu’une ombre vous suit en silence. Un instant, elle se dit que s’il lui proposait de passer chez lui et d’y dormir, elle n’aurait probablement pas la force de refuser. Mais il se penche déjà pour lui faire la bise et glisser un « A la prochaine » à la fois libérateur et décevant.

Acte 1, Scène 4. Il est minuit passée. Elle est arrivée à son arrêt. La gare se vide peu à peu des derniers voyageurs pressés de rentrer dans leurs maisons. Elle a mis de l’Ellie Goulding dans ses oreilles, pour changer et éclairer un peu sa marche solitaire et potentiellement dangereuse. Et puis, devant elle, sur le quai, elle croit reconnaître une longue silhouette, des cheveux blonds, un blouson en cuir. Elle presse le pas, le dépasse dans le souterrain, avec la conscience diffuse d’un regard sur son dos alors qu’elle ralentit le pas. C’est lui qui repasse devant, il grimpe les escaliers quatre à quatre, fait quelques pas, allume posément une clope et, alors qu’elle passe devant lui, demande : « on s’est déjà vus, non ? »

 

Acte 2, Scène 1. Elle est assise à la terrasse chauffée d’un café et tire nerveusement sur sa clope mentholée en regardant gravement l’heure sur son écran de portable. Pour l’occasion elle a mis une après-midi entière à se préparer, mais ça, il ne faut pas qu’il s’en doute. Elle a fait boucler et briller ses cheveux, elle a mis de l’eyeliner noir en virgule sur ses yeux, elle a choisi une blouse en soie fine. Elle avait mis un t-shirt en dessous, mais elle a fini par le retirer, parce que ça cassait la légèreté subtile de son décolleté. Elle veut lui plaire. Elle ne sait pas précisément pourquoi, si ce n’est qu’elle aime la flatterie. Elle est venue avec une tonne d’idées préconçues sur le déroulement de la soirée, et elle s’est mis des interdits de jeune fille bien élevée.  Elle ne sait pas à quoi s’attendre, elle sait juste que les messages qu’ils ont échangés l’ont fait chavirer, tout autant au moins que la poésie de leur rencontre. Deux pensées se battent, la première c’est qu’on ne vit qu’une fois et la seconde, c’est qu’une fille bien, ça sait attendre. Mais elle verra plus tard, car il vient d’arriver, pas spécialement beau, mais plein de charme, avec ses trente-cinq balais et son air d’adolescent attardé. Il a les ongles de la main droite vernis de bleu électrique, vestige d’une soirée trop alcoolisée. Elle a remarqué ça, et ça l’a fait sourire.

Acte 2, Scène 2. Il a commandé deux verres de vin rouge qui râpe désagréablement le palais. Et quand il la regarde, elle se sent troublée par sa sincérité et sa douceur. Ils partagent des intérêts, des points de vue, des idées. Elle sait qu’elle n’est pas en train de tomber amoureuse de lui. Mais elle a la sensation confuse d’avoir trouvé quelqu’un qui la comprend et qu’elle comprend. Plus tard, quand il l’embrasse, tout semble naturel, comme si tout allait de soi et que ce n’était que la suite logique de tout ça. Ses lèvres la brûlent et ils entrecoupent les baisers pour mieux se raconter. « J’ai vécu ça », « et moi, j’ai vécu ça » et puis « je n’aurais jamais cru que je raconterai ça à une presqu’inconnue » et elle « je n’ai dit ça qu’à mes proches, mais toi, tu avances sans masque, et je trouve ça sécurisant. » Elle se dit que c’est probablement la rencontre la plus inattendue qu’elle ait jamais vécu et se demande brièvement si c’est le contexte qui favorise leur connexion et s’ils auraient partagé autant dans une situation différente. Mais il l’attire et quand il la touche, elle se sent électrisée, il plante ses yeux dans les siens et dit avec un naturel désarmant : « j’ai eu plusieurs vies, aujourd’hui je suis le confident et le bon amant ». Elle rigole, et surprise de sa propre audace, elle répond : « on va voir ça »

Ellipse

Acte 2, Scène 3, Fin. Ils sont devant son portail à elle, il a fait le trajet avec elle en lui parlant de cinéma, de réalisateurs et de concerts pleins à craquer. Puis il l’embrasse encore et elle a subitement envie de refaire le trajet inverse pour retourner chez lui et continuer à le découvrir encore et encore. Il finit par lui dire une phrase qu’elle gardera pour elle parce que ce genre de choses, ça ne se partage pas avec n’importe qui. Il l’appelle Jolie Surprise, parce que ça sonne comme gourmandise. Puis il s’en va, après la promesse de la revoir. Elle reste rêveuse un instant, encore ébahie de ce qui vient de se passer et de ce qu’elle a découvert sur elle au terme de ce rendez-vous. Elle ne s’est jamais sentie plus belle, plus exceptionnelle que ce soir. Une interrogation demeure. Quel surnom lui donner ?

 

Elle l’appellera Fauve.

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