La popularité et les multiples possibilités

bombe15

Je me souviens que lorsque j’étais une adolescente binoclarde et complexée, mes amis se comptaient sur les doigts d’une main de manchot. Sans réellement parvenir à trouver un début d’explication, j’ai fini par me dire que ce n’était rien de moins qu’une sorte de malédiction pesante qui avait dû s’abattre sur moi depuis l’âge tendre. En effet, de la grande section de maternelle jusqu’à mes études supérieures, une sorte de force invisible œuvrait pour ma solitude en classe et contre ma vie sociale.

A l’école, c’était le même schéma invariablement répété, je ne parvenais à me lier d’amitié qu’avec une seule personne dans ma classe, et elle se barrait l’année suivante pour des destinations aussi imprévisibles qu’exotiques, telles que Feucherolles, Londres ou encore l’Afrique du Sud. Au collège, c’était sensiblement différent…je ne me faisais aucun ami tout court, sauf dans les classes « spéciales » pour les étudiants étrangers avec qui personne ne voulait parler non plus. Dans ma classe, mes lunettes me donnaient une réputation de bêcheuse et d’intello. Réputation complètement injustifiée au passage, car j’étais une élève tout juste médiocre. Et pourtant, allez savoir pourquoi, à chaque interro, les cancres se battaient pour se mettre à côté de moi et me demander les réponses. Bien embêtée, je les regardais en clignant des yeux, incapable que j’étais de les aiguiller. Ils prenaient mon silence pour de la frime ou un excès d’honnêteté, lorsqu’il ne s’agissait vraiment que d’ignorance crasse. Au Lycée, j’ai bien essayé de débarquer dans mon nouvel établissement avec de la bonne volonté à revendre et des idées toutes faites sur les sujets à aborder pour briller en société (les garçons, principalement, mais comme je vous l’ai expliqué ; n’ayant aucune espèce d’expérience, mes interventions sur ce sujet tournaient généralement court) Je me suis néanmoins trouvé une bande soudée et sympathique…mais loin de ma classe, dans laquelle on ne trouvait que des gosses pourris gâtés très préoccupés de leur nombrils, très beaux, très à l’aise et très populaires. Certains de mes amis de cette époque sont restés très proches et que je savais que ces amitiés valaient bien plus que trois ans à parader parmi les gens populaires. Reste qu’il m’est tout de même arrivé de regarder la bande des stars avec envie.

Vous commencez probablement à comprendre que derrière ces lignes (superbement bien écrites, pleins de verve et d’auto-complaisance), il y a une jeune lycéenne en mal de reconnaissance, solitaire et fragile qui n’a jamais réellement cessé de regarder la bande de vedette du lycée avec l’envie d’un jour en faire partie. Dans cette bande, les filles collectionnaient les conquêtes et les garçons leur tournaient sans cesse autour. Ils riaient forts et fumaient sur le parvis en prenant un air important. Bien sûr ils étaient superficiels, bien sûr, certains de ces mecs étaient tous justes stupides et particulièrement mal coiffés. Bien sûr certaines de ces filles n’avaient aucun goût (je me souviendrais toute ma vie de l’une d’elles qui avait débarqué en classe avec une panoplie J’adore Dior complète) (j’étais dans un lycée de bourges) Et pourtant, moi aussi, j’aurais bien aimé, ne serait-ce qu’un jour, être suffisamment cool pour être invitée à la fête de vendredi de soir et rouler un patin à l’un de ces grands êtres gominés dans la cage d’escalier, après avoir fumé un ou deux joints volés au grand frère d’Elodie. Je m’égare.

La popularité, dont les séries américaines se font le porte drapeau absolu, est un des aspects les plus importants de la vie des adolescents. Le temps du lycée est révolu depuis quelques années maintenant et j’ai dû me résoudre à continuer ma vie sans jamais avoir connu la sensation grisante d’être une leadeur d’opinion, seule, au centre d’une bande de mâles plus ou moins séduisants suspendus à mes lèvres…du moins jusqu’à la soirée de mardi dernier. Au plus fort de cette fête, j’étais entourée par une foule d’admirateurs qui riaient fort à chacune de mes blagues, mêmes les plus nulles. On m’a comparée à Gisèle Bunchden, ce qui est gentil mais complètement faux. On m’a qualifiée de radiante, ce qui est gentil mais un peu embarrassant, parce qu’on dit radieuse, en fait. On m’a offert des verres, ce qui est toujours appréciable. On m’a allumé mes clopes, ce qui n’est pas bien, parce que c’est mal de fumer. On m’a demandé mon numéro. On m’a même envoyé un texto le lendemain.

Si je tairais le véritable contexte de cette soirée, car j’en ai plus ou moins honte en fonction des personnes auxquelles je me confie, j’en retiendrais la substantifique moelle, à savoir mon indiscutable succès. Et le bien-être incroyable que me procurent les nouvelles rencontres et les discussions de haute volée. Il est vrai que la demi-douzaine de mojitos ingérés aidant, j’ai rarement fait preuve d’autant d’esprit et de grâce spirituelle que ce soir-là. Jonglant entre les bons mots et les œillades, j’ai surmonté mes appréhensions et tenté le flirt sans conséquences. Celles et ceux qui me lisent, et me connaissent, le savent : je ne sais pas draguer. Ce qui ne m’a pas empêchée d’aller parler aux garçons qui me plaisaient. Je me croyais irrémédiablement timide, et je me suis découverte audacieuse. Cette petite revanche sur moi-même, je l’ai poursuivie quelques jours plus tard en allant boire des verres avec certains des jeunes hommes rencontrés. Et en vivant, au passage, une soirée des plus drôles et des plus inattendues de ces quelques derniers mois (je ne m’étendrais pas sur le sujet, sachez seulement qu’il a été question de stylo avalé, de psychopathe et de vagin avec une ombrelle en papier plantée dedans)

La conclusion de tout ça, c’est que malgré mes multiples sorties, je n’ai clairement pas trouvé LE mec. Mais ce n’est pas grave, car je ne le cherchais pas. En revanche, j’ai découvert en moi des ressources insoupçonnées et une meilleure compréhension de mes propres mécanismes. Durant ces quelques mois, j’ai longtemps cru, à tort (quoique cela a sûrement été vrai à un moment), que j’avais besoin uniquement du corps des hommes. En réalité, j’aime surtout l’attention qu’ils me portent. Ce qui me fait du bien, ce n’est pas l’accomplissement, mais les possibilités. Le jeu, mais sans la récompense, car je ne suis pas prête à la recevoir. Cela explique d’ailleurs mon silence de ces quelques jours. Je ne peux pas raconter l’irracontable, les sourires et les conversations. Les gestes et les frôlements. Les messages que l’on guette. Les heures à choisir la bonne tenue. Les prémices des histoires qui ne se dérouleront jamais et resteront figées dans cet entre-deux trouble et indistinct. Pour l’heure, je veux rester dans le flou, jouer avec le feu, jouer à me faire peur, envisager et repousser. Jusqu’à ce qu’enfin je me sente prête à appuyer sur le détonateur.

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About sianama

Boulet retardé

2 responses to “La popularité et les multiples possibilités”

  1. missk123 says :

    Voila un article qui finit sur une note plutot positive!
    Je crois que moi aussi c’est ce que je recherche, cette phase de seduction, ou chacun se cherche. La vitesse superieure, je ne me sens pas prete, pas encore.
    Profites de ce que tu vis maintenant. Tu sauras le moment venu et vive les belles etincelles!!

    • sianama says :

      La phase de séduction, c’est la plus chouette, et paradoxalement, je ne l’ai jamais vraiment vécue…ou alors, à chaque fois, ça va trop vite et je la vois pas passer. Enfin bref! Profitons de l’instant!

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