De la Vodka, des nains et des fantômes

bombe14

Je suis le genre de fille à ne faire que des choix foireux. D’ailleurs, ces choix empirent lorsqu’ils sont favorisés par la consommation exagérée de liquides dangereusement alcoolisés absorbés avec une insouciance et une rapidité effrayante. Si j’étais un peu de mauvaise foi, je mettrai cette double tare sur le compte de ma prétendue fragilité émotionnelle suite à ma rupture et à ma douloureuse expérience mais je n’ai aucune idée du pouvoir de persuasion d’un tel argument. Je pense que mes proches ne se laissent plus abuser. Je peux encore tabler sur la naïveté de mon public anonyme, mais je ne crois pas que cela durera longtemps.

Laissons donc les suppositions fumeuses aux professionnels de ces épineuses questions. Le fait, lui, est immuable. Je suis donc le genre de fille à ne faire que des choix que ma distinction naturelle m’empêche de qualifier de choix à la con. Oups. Trop tard. Comme à cette soirée où, gloussante suite à l’ingestion de plusieurs verres d’une mixture étrange à base de Vodka et d’Oasis Tropical (c’est mauvais, je ne vous le conseille pas) je n’ai rien trouvé de mieux à faire que de laisser un nain explorer ma bouche avec sa langue, perdant par la même toute mon aura de grâce, de dignité et d’élégance que j’avais durement maintenue tout au long de la soirée. Le lendemain, cible de tous les quolibets de ma sournoise petite voix intérieure, je me suis dit que décidément, l’alcool était un faux ami. Ce n’est pas une nouveauté, j’en suis bien consciente, mais je crois que les erreurs sont les meilleures leçons. En tous cas, dans mon cas, mes bêtises personnelles valent mille fois plus qu’un discours récité par un éminent docteur ou qu’un article bien documenté sur les risques de la consommation abusive de ces traîtres liquides. C’est pourquoi j’ai résolu d’arrêter de boire. Jusqu’à dimanche soir. Avant-hier, quoi. Le seul point positif c’est que je peux mettre mon manque de discernement sur le compte de l’ivresse. C’est une petite consolation, mais vous allez vite comprendre que c’est mieux que rien.

Car il s’avère que je suis également le genre de fille à ne faire que des choix désastreux et ça…même à jeun. Et là, je ne peux plus blâmer grand-chose d’autre qu’un circuit synaptique lent et particulièrement tortueux. Pas de couteau sous la gorge pour expliquer la pathétique mésaventure avec le Ver de Terre. Pas de beuverie inconsidérée s’agissant du Boulet de Canon. Pas le moindre milligramme de substance hallucinogène dans mon organisme lorsqu’un Revenant m’a proposé de le revoir et que j’ai bêtement répondu oui. Même maintenant, à l’heure où j’écris ces lignes, je ne suis sous l’emprise d’aucun produit, même vaguement, illicite. Et pourtant, en prévision de cette sortie, je suis en train de parfaire mon maquillage, d’hésiter sur ma tenue et de vérifier pour la millième fois si mes cheveux sont bien coiffés. Au regard de ces informations, je ne peux m’empêcher de m’interroger : à partir de quel moment peut-on anticiper un drame avec certitude ?  En me replongeant sur mes écrits datant de ma rupture d’avec le Revenant, il y a six ans, j’ai eu la conviction qu’un nouvel acte de ma tragédie personnelle menaçait de s’ouvrir avec pertes et fracas. Le cerveau retourné, les passages obsessionnels sur sa page personnelle, ce nombre incalculable de fois où j’ai résolu de ne plus l’appeler…pour lui envoyer un message à peine trois heures après la prise de cette sage décision, avec cette phrase que les drogués connaissent bien : c’est la dernière fois.

Le plus étonnant, c’est que lorsqu’il s’agit d’arranger la vie des autres en prodiguant soutien et conseils avisés, j’ai souvent eu de très bons retours. Un petit coup de scotch par là. Une petite vis bien tournée par ici. Mes amies repartaient avec la sensation d’avoir écouté une figure de sagesse à mi-chemin entre le dalaï-lama et Cristina Cordula (car il n’y pas de drame intense qu’un choix éclairé de couleur de gloss ne sache atténuer) A quoi bon ce discernement empathique s’il ne peut même pas me servir en cas d’urgence ? J’ai bien tenté de me servir une tisane chaude, de m’envelopper dans un plaid et de me faire les ongles en me tapotant les cheveux d’un geste tendre et maternel en m’invitant à vider mon sac. Croyez-le ou non, non seulement je me suis brûlée, mais j’ai également foiré ma manucure. Quant au Revenant, il a reçu un smiley sur son portable accompagné d’une heure de rendez-vous. Je suis le genre de fille à ne faire que des choix foireux.

(Histoire de terminer sur une information positive : sachez que cette fois, je m’en suis tenue à l’Orangina et à l’eau car il n’est jamais trop tard pour inverser la vapeur, et que parmi la vaste gamme des options à ma disposition, il n’y en a qu’une qui soit valable. Et c’est la plus sage de toutes. Toi-même tu sais.)

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About sianama

Boulet retardé

9 responses to “De la Vodka, des nains et des fantômes”

  1. missk123 says :

    Je sais que ce n’est pas drole mais tu me fais rire, a chaque fois. Peut etre aussi parce que je me retrouve dans tes mots.

    Et puis tu m’as un peu rassuree sur mes propres echecs en deuxieme partie. Je suis abonnee aux choix foireux, mais toujours sans alcool (parce que je n’aime pas ca) et c’est bien pour ca aussi que je me sens souvent desesperee (parce que je ne peux pas rejeter la faute sur quelque chose d’autre que moi-meme).
    Terrible constat. Mais il faut garder la tete haute et avancer. Il parait qu’on se revele toujours de ses erreurs. Pince moi si je reve!

    • sianama says :

      Hey, mais j’espère bien que je peux faire rire! Au contraire même, je préfère mille fois l’autodérision à l’apitoiement. Ce qui me rassure c’est que nous sommes nombreuses à foirer complètement nos prises de décision…raison de plus pour garder la tête haute.

      Tu as bien de la chance de ne pas aimer l’alcool. Perso, je ne sais pas ce que je ferais sans un bon mojito de temps en temps…

  2. SpirituElle!Lui! says :

    Très bien écrit. J’adore l’histoire… Celle de toutes les femmes à un moment !! J’ai également ri !!

    Merci , à bientôt

  3. Polina says :

    Tu écris drôlement bien, c’est très léger, recherché et drôle à la fois !

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