Le Boulet de Canon et le centre de la Bombe

bombe11

A trois heures de matin cette nuit-là, j’ai entendu une série de petits et moyens bruits suspects provenant de la masse sombre et informe étendue à mes côtés. C’est probablement à cet instant, ou quelques secondes plus tard, que j’ai pris la décision de me recentrer sur moi. Possible qu’il y ait une relation de cause à effet. Possible également que cet instant m’ait fait réaliser à quel point il est agréable d’être seule dans son lit, sans perturbations extérieures. Possible enfin que je sois simplement une girouette qui se détourne des vents mauvais sans hésitation aucune. Quelles que soient les raisons profondes de ce brusque changement de cap, ce n’est qu’avec cette résolution prise que j’ai pu plonger dans le sommeil du juste.

Le lendemain, tout était clair. Il était temps de passer à autre chose. J’ai attrapé ma culotte, mon débardeur, mon jean et mon sac. J’ai sauté dans mes chaussures et tenté de discipliner la masse sauvage de ma bucolique chevelure (manière poétique de dire qu’elle ressemblait d’avantage à une botte de foin qu’aux souples vagues dorées d’un impétueux ruisseau) (c’est à ça que ça ressemble d’habitude) (j’ai le droit, c’est mon blog). Le canon, désormais boulet, s’est avancé avec un sourire en coin et m’a parlé de la prochaine fois. J’ai vaguement éludé (j’avais une brosse à dent dans la bouche) et pendant que je l’observais boutonner sa chemise et passer une veste impeccable pour aller avec un pantalon de costume tout aussi impeccable, j’ai eu une autre brusque révélation. Son lieu de travail était dans la même direction que mon lieu de résidence. Cela me fût confirmé quand il se tourna vers moi et me dit d’un air joyeux : « on va faire le trajet ensemble ! On prend le même train ! » Chouette.

Je savais pertinemment que je ne blesserai probablement pas son petit cœur d’oisillon fragile si je lui disais que je ne préférais pas le revoir, mais je savais également que pour une obscure raison les distributeurs de ticket de métro refusaient obstinément ma carte bleue et que je n’avais plus suffisamment de monnaie pour payer le trajet. J’ai donc résolu de lui faire part de ma décision lorsqu’il sortirait du train. Et ça aurait pu être une bonne idée. Pas de longues explications ou de tentative de manipulation tactile susceptibles de me faire ployer. Pas de cris ni de larmes. Juste un bref : « ça va pas le faire, c’était chouette, mais je préfère pas continuer. Bonne journée ! » des portes qui se referment et un train qui démarre. Oui, ça aurait pu être une bonne idée. Et je l’aurais sûrement fait s’il n’avait pas réveillé la WonderBombe qui défend la paumée et l’opprimée.

Pendant ce trajet, il m’a confié avoir reçu une bonne cinquantaine de message d’une jeune femme manifestement furieuse d’avoir été éconduite. Tout fiérot, tout plein d’autosatisfaction crasse, il me fit même défiler rapidement les longs messages de la demoiselle en ajoutant que de toutes façons, elle était grosse et qu’il ne voulait pas la revoir pour cette raison. Je ne sais pas ce qui était le plus écœurant dans cette histoire. Son attitude ? Le fait qu’il m’en parle ? Le fait de savoir que quelque part une inconnue se prend la tête à cause d’un connard pareil ? Probablement un mix de tout ça. Gardant détachement et nonchalance, je lui ai dit, très doucement, que s’il se l’était tapée, elle ne devait probablement pas le dégoûter tant que ça. J’ai ajouté que même s’il ne s’agit que de sexe pour le sexe, les gens ça se traite avec respect. Aimerait-il, par exemple, si c’était moi, que je lui dise par texto : « de toutes façons, t’es trop con, alors je préfère qu’on ne se revoit pas » ? Parce que c’est probablement ce que je dirais. Il n’a pas relevé. J’étais déçue.

Je pense qu’il est allé vers sa journée de travail tout heureux et très content de lui, persuadé que je viendrais passer une autre nuit chez lui. Pour moi, j’ai appris qu’un bon coup, ça ne fait pas forcément une bonne personne et que tant qu’à choisir, je préfère passer ma nuit à l’abri des mauvaises combinaisons. Je dois dire qu’il me facilite la tâche et que je n’aurais aucun regret. Si ce n’est ceux intimes, que je ne partagerais que sous la torture. Je ne remettrai pas le couvert. Je vais arrêter avec mes bêtises car je n’ai plus envie de gâcher mes nuits. Et concernant le boulet de canon, je n’ai pas encore décidé de la marche à suivre. Je peux faire la morte. Je peux lui envoyer mot pour mot le message qu’il a envoyé à la jeune fille en question. Je peux lui envoyer, mot pour mot celui du paragraphe précédent. J’ai tout un éventail de possibilités. Reste à choisir la bonne.

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About sianama

Boulet retardé

4 responses to “Le Boulet de Canon et le centre de la Bombe”

  1. missk123 says :

    Je decouvre ton blog et un style qui me plait bien.
    En effet il faut savoir arreter a temps le boulet qui s’infiltre dans nos vies et n’est meme pas capable d’etre respectueux.
    Il parait qu’il y a encore des numeros gagnants sur le marche…Restons confiantes.

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