Le Canon et la Recette du Bon Coup

bombe10

Il était aux environs de 9h ce matin-là, lorsque je suis sortie de cet appartement inconnu, j’ai traversé une rue inconnue dans un quartier inconnu à la recherche d’une station de métro inconnue elle aussi. Souriante sur mes talons hauts, dans la tenue de la veille, j’ai savouré l’instant et la douce impression d’être au centre des regards. Comment en étais-je arrivée là ? Je n’avais qu’à repasser les événements de la soirée pour arriver à ce constat délicieux : je venais de passer la nuit avec un canon.

En marchant à l’aveuglette (au sens propre car dans ma naïveté la veille je m’étais promise de passer la nuit chez moi et je n’avais donc pas emportée mes lunettes, persuadée que mes lentilles jetables finiraient dans ma poubelle et pas dans la sienne) dans les rue de Paris, je me suis demandé un moment ce qui différenciait tellement le Ver de Terre, expérience traumatisante s’il en est, du garçon de la veille. La réponse était évidente et ne tenait qu’en une poignée de mots. Là où le Ver de Terre, en plus d’être négligé et mou, s’était illustré par une méconnaissance, et un désintérêt total, pour le corps féminin, le Canon était sensuel. Pas plus intelligent ni plus brillant. Juste plus charnel. C’était un ensemble regroupant attitude et gestuelle. C’était….un bon coup.

Je précise néanmoins que je m’en voudrais de faire son l’apologie gratuite et de passer sous silence ses défauts évidents. Déjà, il n’écoute pas. Il pose des questions et semble oublier les réponses quasiment instantanément. Dans la même veine, il m’a répété plusieurs fois, probablement dans un souci pédagogique, histoire que je comprenne bien, qu’il travaillait dans telle banque et qu’il faisait ça et ça. Et qu’il avait une femme de ménage mignonne qui lui préparait des petits plats. J’ai dû entendre la même anecdote, inintéressante, une bonne demi-douzaine de fois. La première fois, j’ai été polie, j’ai fait des « Ah ? », des « Oh ! »  et des « ça alors ! ». La deuxième, j’ai un peu tiqué mais je n’ai pas relevé. Les autres, je me suis contentée de sourire poliment et de répondre sur le même ton des choses absolument sans rapport, aboutissant, joie secrète, à un dialogue surréaliste qu’il n’a même pas relevé. C’est dire le niveau. Intellectuellement, le Canon n’est pas une flèche. Je suis convaincue de l’existence de plusieurs sortes d’intelligences, et s’il possède celle qui permet de réussir à gagner de l’argent, il est en revanche dénué de celle des sentiments. Emotionnellement faible, le Canon n’est pas touchant. Il n’éveille pas, en moi en tous cas, d’envies autres que celles concernant exclusivement son entrejambe. D’ailleurs, peut-être s’agit-il uniquement d’une différence culturelle mais je reste persuadée qu’il n’avait pas besoin de me montrer, preuves et messages à l’appui, à quel point il avait du succès. Détachée de toute forme d’affection à son égard, je ne peux éprouver devant cet étalage qu’un semblant d’intérêt tout juste poli. Pas de jalousie mal placée devant un minois plus doux et plus joli que le mien, comment pourrais-je, puisque c’est moi qui suis à côté de lui, les cheveux en bataille et ravie d’être là, tandis que les autres ne sont que des photos sur un écran de portable, des possibilités. Et que m’importe qu’il les saisisse ou non. J’en ai, moi aussi, des possibilités. Je crois que le point fondamental, la clé de voûte en quelque sorte, c’est que tout est facile pour lui et qu’il le sait. Belle gueule, il les tombe toutes. Moi y compris, c’est vrai. Je ne vais pas le nier, je ne représente pas un challenge pour un garçon comme lui. J’étais incapable de résister et je n’en avais par ailleurs aucune envie.

De toutes ces choses, de cet écheveau flou qui constitue une personnalité, je lui sais gré d’au moins une chose. Il m’aura permis de bien comprendre ce qui distingue un bon coup d’un mauvais coup. Il ne s’agit pas uniquement de physique, mais je suis forcée de le reconnaître, le fait que le Canon ait un corps musclé, sans être un pur produit de gonflette, ne gâchait rien à l’affaire. Cet homme aimait prendre soin de lui et c’était agréable à regarder. Voilà pour le premier point, et au risque de froisser les sensibilités, le politiquement correct et les autres, le physique compte. Il n’y a pas que lui, c’est entendu, mais il est là et qu’on le veuille ou non, il fait partie de l’équation. D’autre part, la confiance en soi est également pour beaucoup dans cette histoire. Maître de lui, gêné par rien et d’une audace désarmante, ce type savait ce qu’il faisait et faisait ça bien. J’ai eu le fin mot de l’histoire, d’ailleurs, quand après avoir été submergée par la première vague d’un plaisir que je n’avais plus ressenti depuis longtemps, je lui ai demandé, abasourdie, où, qui, comment. La réponse incluait un apprentissage auprès d’une fille qui aimait les filles. Je le dis ; si elle se reconnaît, qu’elle n’hésite plus, elle peut ouvrir son école et commencer à donner des cours du soir. Ces deux aspects de la question dits, ils ne sont rien sans le troisième et dernier point, fondamental, celui-là : la tendresse. Vous pouvez avoir toutes les connaissances mécaniques possibles, elles ne sont rien sans un supplément d’âme et la certitude absolue que rien ne fonctionne pareil chez tout le monde. La tendresse vient palier aux incertitudes, elle guide, se nourrie des hasards et transforme les démonstrations de force en actes ambigus. Vous pouvez être un peu moins beau, vous y connaître un peu moins, si votre maladresse est animée par la tendresse, vous ne serez jamais mauvais. C’est impossible et la raison est simple car la tendresse décale le centre de gravité. Il n’est plus sur vous, il est sur l’autre. Vous cessez de n’agir que pour vous prouver comme vous savez y faire afin de commencer à agir en fonction de ce que vous percevez chez l’autre. De rien, merci.

Ce matin-là, je n’ai pas eu à m’installer dans un fauteuil pour noyer ma frustration dans un Latte trop sucré et trop cher puisque le Canon m’a emmenée dans la meilleure boulangerie de son quartier pour m’offrir ce qui me ferait plaisir. Ce matin-là, je n’ai pas grignoté rageusement un cheesecake enfoui sous un coulis de fruit rouge pour donner de la saveur à une matinée trop terne, car j’ai partagé croissant et thé chaud avec un garçon au sourire coquin qui m’a embrassée longuement avant de conclure en me disant qu’il voulait me revoir. Ce matin-là, il a plu, j’ai mis 1h30 à rentrer chez moi, j’ai eu des ampoules sur toute la surface de mes pieds, et j’ai retrouvé avec bonheur la solitude de ma grande maison et ses multiples miroirs. Tous me renvoyaient une image agréable. Je n’avais pas subi, j’avais choisi. La Science va mieux. Et qu’importe si j’ai cédé aussi facilement, car ainsi qu’il me l’avait demandé, ses yeux de velours plantés dans les miens, deux secondes avant de poser ses lèvres à la base de ma nuque, où est le mal dans le plaisir ?

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Boulet retardé

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