Une histoire de boîte simple et sans promesses trompeuses

bombe09

Bonjour, j’ai 26 ans, et je n’ai jamais acheté de boîte de préservatifs. Alors, je sais, ça peut paraître incroyable et même difficilement envisageable là, en 2013, l’année du mariage pour tous, mais je ne mens pas. Je ne mens jamais. Sauf par omission. Bon d’accord, peut-être que je mens quelques fois, mais pas là.

Ce n’est pas faute d’avoir fauté. Mais la plupart de mes bêtises étaient perpétuées avec des petits copains réguliers et connus depuis longtemps. Je prenais la pilule aussi. Et bon…à chaque fois qu’il en fallait, c’était eux qui en avaient et je ne me posais pas plus de questions que ça. Mais voilà, la donne a changé, je suis une grande fille, une bombe, une pétasse (pour le Ver de Terre qui n’en démordra pas) et j’ai repris possession de mon corps, de ma vie et d’un tas d’autres choses. Du coup, quand le Geek, je n’en ai pas encore parlé, pardon pour lui, m’a déclaré que si je voulais venir le voir, il fallait que je fasse des « courses », j’ai eu un moment de panique. Je ne suis pas Parisienne. Je suis banlieusarde. Mais banlieusarde chic. Dans une petite commune, avec une place de l’Eglise et un Monoprix juste devant. Je me suis visualisée dans la file d’attente, ma glorieuse première boîte à la main, entre un couple de jeunes parents cathos coincés (ils se mettent à genoux à Pâques…à GENOUX) et une petite vieille venue acheter une babiole Bala Boosté à offrir à sa petite fille. Et un instant, j’ai eu 18 ans à nouveau, en train d’essayer mon premier ensemble de lingerie, rougissante comme une jeune oie blanche. Sentiment nouveau que celui des premières fois qu’on ne pensait jamais vivre. Si la vie avait continué, je serais mariée avec la plus grosse erreur de ma vie et je n’aurais jamais connu la vivifiante sensation que procure le choix de la première boîte.

J’ai chaussé mes sandales à talons, mis un coup de rouge mat sur mes lèvres, vérifié si j’avais bien mis ma brosse à dent dans mon sac, détaillé le parcours à faire pour retrouver le Geek dans ses lointaines contrées, et je suis allée d’un pas guilleret vers le Monoprix. Vous savez, d’instinct, je peux aller droit au rayon des vernis. Aucun problème pour le rayon des shampoings et des soins pour le corps. J’ai même réussi à trouver une eau de bleuet pour mes yeux. Mais pour les boîtes…j’ai reconnu mes lacunes. Après quelques minutes d’errance, je les ai trouvées, entre les crèmes pour les pieds et les déodorants bios à la pierre d’alun. Et je suis tombée des nues. Sensation, contour, lubrifié, chauffant, nervuré, XL, XXL, XXS…quoi ? Je veux juste des préservatifs. Pas des boîtes de céréales avec des jouets gratuits dedans. J’ai dû passer un bon quart d’heure à détailler les caractéristiques techniques des unes et des autres. Entre un couple baba cool éco-concerné et un retraité venu chercher un remède contre ses cors et ses pieds secs. J’étais bien embêtée. Qu’est-ce qu’il voulait, le Geek ? Et la taille ? Et puis c’est quoi le mieux ? Quel message j’envoie, moi, si je choisis Plaisir Xtrême Ultra Sensation +, par exemple ? J’étais là, hésitante, posant et reposant les boîtes sans oser faire de choix quand j’ai réalisé une chose capitale. J’étais en train de réfléchir en fonction de l’autre et pas en fonction de moi. D’un seul autre. Le Geek. Ça ne collait pas. Il ne fallait pas. Je comptais utiliser ces nouvelles acquisitions avec d’autres heureux élus. La dragueuse en moi m’a regardée d’un sourire entendu. La boîte était pour moi. J’ai pris celle qui me correspondait le plus, celle qui traduisait le plus fidèlement mon état d’esprit, une simple et sans promesses trompeuses et j’ai marché vaillamment vers les caisses les plus proches.

Je me suis retrouvée dans une file longue, entre deux petites vieilles aux sourires entendus et une ado au regard absent. C’est idiot, mais je n’arrivais pas à me défaire de cette impression –fausse, bien entendu- d’être au centre du monde. Chaque murmure parlait de moi, chaque ricanement m’était destiné et les paires d’yeux étaient toutes rivées sur ma main tenant la fameuse boite. J’étais jugée, incomprise ou enviée. J’étais cette fille qui va employer sa fin de semaine à vider la boîte. Et quelle honte pourrait-on avoir à cette pensée ? Non seulement c’était quelque chose d’agréable mais en plus, je faisais ça bien, dans les règles. J’ai cessé d’être le centre du monde. Je n’étais qu’une fille qui prend soin d’elle. La caissière m’a lancé une œillade dédaigneuse suivie d’un « bon week-end » prononcé du bout des lèvres. « Oh, oui, il le sera » ais-je répondu en glissant la boîte dans mon sac. J’ai tourné les talons, fière et grandie, me frayant un passage parmi les retraités en goguette, et en route pour de nouvelles aventures.

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Boulet retardé

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